Une pilule une petite granule

Émission disponible en haute définition

Diffusion terminée

Diffusion :
Diffusion terminée
Durée :
60 minutes

Du 2 avril au 7 septembre 2015

Dossier de la semaine

Cancer des poumons

Émission du 17 mars 2011

On assiste aujourd’hui à une véritable épidémie de cas de cancers du poumon. Comment se fait-il qu’on en soit arrivés là? En fait, cette épidémie est la conséquence des hauts taux de tabagisme que nous avons eus au Québec. En 1964, lorsqu’on a commencé à se préoccuper des dangers de la cigarette, la moitié de la population fumait. Et comme il s’agit d’un cancer qui est lent à se développer, les fumeurs des années 1960 et 1970 sont ceux qui sont les plus touchés en ce moment.

Le cancer du poumon est une maladie particulièrement redoutable et le taux de survie est faible. Nous avons rencontré des gens qui refusent de baisser les bras.

Un cancer sournois

Octobre 2006 : Denis Caspar regarde tranquillement le gala de l’ADISQ à la télévision. Il se lève pour aller chercher quelque chose à la cuisine et à son retour, sa voix est complètement éteinte. Jamais il ne retrouvera sa voix normale. C’est la première manifestation de son cancer du poumon. Jusqu’à ce jour, il n’avait eu aucun autre symptôme de la maladie.

Aussi surprenante puisse-t-elle être, l’histoire de Denis Caspar a pourtant une explication. Hématologue et oncologue médical à l’Hôpital Notre-Dame du CHUM à Montréal, le Dr Normand Blais explique que le cancer du poumon est une maladie qui prend très souvent les patients par surprise : «Le cancer du poumon est une maladie qui est sournoise. La plupart des patients qui se présentent encore aujourd’hui sont surpris du fait qu’ils n’ont pas senti la maladie se développer.» Dans certains cas, poursuit-il, la maladie peut même se déclarer par une métastase au cerveau, alors que le patient n’aura jamais senti la progression dans ses poumons. Sans toux, essoufflement, douleur ou crachement de sang, les patients sont nombreux à ne ressentir aucun des symptômes classiques du cancer du poumon au moment du diagnostic.

Louise Labrie a elle aussi été diagnostiquée pour un cancer du poumon en 2006. Accablée par un rhume et une toux qui ne guérissaient pas depuis plusieurs semaines, elle commence à s’inquiéter sérieusement lorsqu’elle remarque qu’elle crache des sécrétions contenant du sang. Le jour même, elle se rend à la clinique où elle passe immédiatement une radiographie. Une tache sur les poumons est identifiée, tache qui s’avérera par la suite être une masse, possiblement cancéreuse. Le diagnostic du cancer du poumon lui sera confirmé peu de temps après. Pour cette femme qui a écrasé sa dernière cigarette 18 ans plus tôt et qui carbure maintenant aux bonnes habitudes de vie, le choc est brutal : «Jamais je n’aurais pensé que j’aurais un diagnostic de cancer du poumon.»

Une maladie difficile à porter

Denis Caspar n’avait que 6 ans lorsqu’il a fumé ses premières cigarettes. À 8 ans, il fumait déjà tous les jours et à 12 ans, il a officiellement obtenu le droit de fumer de ses parents. Lors de son service militaire, il ne recevait pas moins de 30 paquets de cigarettes par mois!

Autre temps, autres mœurs : dénoncé par de nombreuses campagnes de santé publique, le tabagisme n’a décidément plus la cote. Et les fumeurs aujourd’hui atteints de cancer du poumon sont souvent accusés d’être les artisans de leur propre malheur. Pneumologue à l’Hôpital général juif de Montréal, la Dre Carmela Pepe considère que ces patients ont un double fardeau à porter en raison des préjugés sociaux dont ils sont victimes : «Les gens qui ont un cancer du poumon vivent un préjugé qui est inhérent avec ce diagnostic-là. On sait que le cancer du poumon est fortement relié à la cigarette, et les gens perçoivent souvent que c’est un diagnostic défavorable, que les gens le méritent quasiment parce qu’ils ont déjà fumé.»

Le jugement ne vient toutefois pas que des gens extérieurs, car les patients atteints de cancer du poumon sont souvent eux aussi très durs envers eux-mêmes. Denis Caspar porte aujourd’hui une grande culpabilité non seulement face à lui-même, mais aussi face à son épouse et sa famille, qui souffrent eux aussi de le voir aux prises avec ce cancer. Même s’il a essayé maintes et maintes fois d’arrêter de fumer, toujours sans succès, il considère que c’est de sa faute à lui s’il est aujourd’hui atteint par la maladie. Louise Labrie partage elle aussi ce sentiment de culpabilité, même si elle a arrêté il y a maintenant presque 20 ans.

Les défis de la détection précoce

Louise Labrie a toutefois eu de la chance dans son malheur, car son cancer a été diagnostiqué assez tôt, ce qui a permis une intervention médicale rapide. Le Dr Normand Blais confirme d’ailleurs que certains patients sont chanceux dans leur malchance, puisqu’une tumeur identifiée à temps peut être retirée et traitée, ce qui permet une guérison définitive.

La détection précoce à large échelle serait-elle souhaitable pour autant? La réponse n’est malheureusement pas si simple. Pour la Dre Carmela Pepe, il est clair que si la détection précoce est l’avenue obligée pour pouvoir sauver davantage de patients atteints de cancer du poumon, le problème réside actuellement dans l’efficacité des outils de dépistage, pas toujours aussi élevée qu’on le souhaiterait et dans la nature des cellules de cancer du poumon – qui sont souvent plus agressives et plus rapides à proliférer.

«La question du dépistage du cancer du poumon est encore une question controversée, explique le Dr Blais. Les études qui ont été faites pour la prévention du cancer du poumon s’adressaient à une population de grands fumeurs. Un des messages importants de ces études-là, c’est qu’il y a beaucoup de lésions, de petites taches découvertes sur des scans qui ne sont pas des cancers. Alors ça amène des examens inutiles, ça amène des biopsies inutiles, ça amène des chirurgies inutiles.» Pour ces différentes raisons, il semble qu’il ne serait pas utile de faire du dépistage chez les patients dont le risque est moins élevé, comme les ex-fumeurs par exemple. «Alors le mot d’ordre pour l’instant, c’est de ne pas s’embarquer dans une procédure de dépistage systématique. Le message le plus important, si on est inquiet d’avoir un cancer du poumon, si vous fumez, il faut arrêter de fumer.»

Un sacrifice pour prolonger la vie

Depuis toujours, on utilise trois armes pour se battre contre le cancer du poumon : la chimiothérapie, la radiothérapie et la chirurgie. Mais on parle maintenant d’un quatrième traitement possible : les thérapies ciblées. C’est en quelque sorte une médecine personnalisée, une thérapie adaptée aux patients et aux types de cancer dont ils souffrent. Et, grâce à ce nouveau traitement, on obtient de petites victoires, qui vont peut-être mener un jour à la survie d’un plus grand nombre de patients.

Denis Caspar et Louise Labrie ont tous les deux reçu des thérapies dites ciblées. Mais le parallèle entre leurs deux histoires s’arrête là, car si Louise est aujourd’hui en rémission et tout près d’une guérison, Denis est pour sa part condamné, puisque la médecine curative ne peut plus rien pour lui.

Au cours de la chirurgie visant à retirer la tumeur cancéreuse de Louise, l’équipe médicale a identifié plusieurs métastases. C’est pourquoi elle a rapidement été dirigée vers des traitements de chimiothérapie et de radiothérapie. Comme nous l’explique le Dr Normand Blais, la chimiothérapie appliquée après une chirurgie est en fait le seul traitement médical considéré comme curatif, puisque les chirurgies seules entraînent un risque de rechute variant entre 30 et 70 %.

«On peut offrir de la chirurgie pour les gens qui se présentent avec un cancer du poumon en stade précoce, explique la Dre Carmela Pepe. Pour les gens qui se présentent avec un cancer du poumon en stade avancé ou métastatique, on donne de la chimiothérapie. Les thérapies ciblées font partie des différents types de chimiothérapie qu’on peut offrir.»

Avec un cancer avancé au stade 4, Denis Caspar a lui aussi reçu une thérapie ciblée afin de prolonger sa vie. Mais les chances de réelle guérison étaient inexistantes. En principe, grâce à ces nouvelles approches, il est possible de combattre les cancers en identifiant une cible précise pour chaque patient.

Ces thérapies représentent une véritable révolution dans le traitement du cancer, comme nous l’explique Carmela Pepe. «Auparavant, les chimiothérapies qu’on donnait par intraveineuse pour traiter les cancers étaient des molécules qui pouvaient tuer n’importe quelle cellule qui était en réplication, d’où l’importance des effets secondaires, puisque les molécules n’étaient pas capables de choisir la cellule cancéreuse versus une cellule normale. Tandis qu’avec une thérapie ciblée, on espère que ces molécules vont viser uniquement les cellules cancéreuses et épargner les bonnes cellules.»

Ce scénario idéal ne s’est malheureusement pas présenté pour Denis Caspar. Pendant 14 mois, il prend des comprimés de Sutent, une thérapie orale qui lui entraîne de terribles effets secondaires. D’immenses œdèmes lui poussent sous les yeux. Son goût est totalement modifié, au point où il ne peut plus manger. Une immense acné lui ravage le visage et le cuir chevelu, tout en lui entraînant d’aliénantes démangeaisons. D’insupportables douleurs sous les ongles des mains et des pieds lui rendent la vie insupportable. Il fait malheureusement partie des patients qui éprouvent encore des effets secondaires, parce que le médicament agit non pas seulement sur les cellules cancéreuses, mais aussi sur les cellules normales.

Après en avoir discuté avec son médecin, le Dr Normand Blais, il prend la décision de mettre fin aux traitements. Il considère toutefois que c’est grâce à ces traitements qu’il est encore en vie aujourd’hui. «Pour la première fois, soutient Carmela Pepe, on voit qu’il y a des gens qui peuvent vivre vraiment plusieurs mois, même des années de plus avec un cancer avancé, alors qu’auparavant, on voyait que ces gens-là n’avaient pas cette chance-là.»

Les soins palliatifs

Même s’il n’est pas encore à l’article de la mort, Denis Caspar bénéficie maintenant des soins palliatifs qui lui assurent un confort quotidien. Grâce à ces soins, il reçoit notamment de la morphine qui lui permet de contrôler la douleur qui lui traverse la poitrine et le dos.

«Les patients qui ont de la douleur, il faut qu’on puisse les traiter adéquatement, explique le Dr Blais. Un patient qui a des problèmes à s’alimenter, il faut qu’on trouve les meilleures stratégies possibles pour qu’il puisse s’alimenter et ne pas perdre de poids. Et juste trouver ces petites solutions-là, ça peut être aussi important que les soins qu’on fait contre le cancer. Et si ça ne leur permet que d’avoir une meilleure qualité de vie, c’est déjà beaucoup pour ces patients-là.»

Et pas besoin d’attendre d’être en toute fin de parcours pour bénéficier de ces soins. Le Dr Blais souligne que les soins palliatifs précoces sont très importants pour améliorer la qualité et la durée de vie des patients atteints de cancer du poumon.

«Je mène une vie quasiment normale en soins palliatifs, soutient Denis Caspar. C’est sûr qu’à moyen terme c’est la mort, c’est clair, mais pourvu que ça dure…»

Malgré le fait que les patients atteints de cancer du poumon sont encore plus nombreux à décéder qu’à guérir, Carmela Pepe se veut optimiste, en raison de la recherche scientifique qui permettra peut-être d’améliorer le sort des patients d’ici 15 à 20 ans.

Louise Labrie a eu plus de chance. Lors de son dernier examen médical, il y a six mois, elle a appris qu’elle était toujours en rémission, sans aucune trace de cancer. D’ici un an, si tout continue à bien se passer pour elle, elle pourra enfin se réjouir d’être complètement guérie.

Au Québec, 7 600 personnes recevront un diagnostic de cancer du poumon cette année.

Source : Statistiques sur le cancer – 2010.

Informations supplémentaires

Le cancer du poumon est celui qui entraine le plus de décès au Québec et au Canada. Les statistiques révèlent aussi qu’il touche de plus en plus de femmes. En 2010, au Québec, le cancer du poumon a d’ailleurs tué deux fois plus de femmes que le cancer du sein.

Les fumeurs doivent savoir une chose : pour ceux qui arrêtent de fumer, les effets sur la santé sont très rapides :

– après 5 ans, le taux de cancer du poumon est diminué de moitié et après 10 ans, il est revenu au niveau d’un non-fumeur.

– sans compter toutes les autres maladies dont on peut diminuer le risque en arrêtant de fumer, notamment les ACV et les maladies cardiaques.