Une pilule une petite granule

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Du 2 avril au 7 septembre 2015

La question du public

Santé parfaite : sommes-nous obsédés ?

Émission du 15 septembre 2011

Alors que la consommation de médicaments et le coût des soins de santé atteignent des sommets, il y a certainement lieu de réfléchir sur notre rapport à la santé. À titre d’exemple, au Canada, la consommation de médicaments est passée de 3,8 milliards $ en 1985 à 24,8 milliards $ en 2005. Professeur émérite en médecine sociale et préventive à l’Université Laval, le Dr Fernand Turcotte s’interroge sur les impacts de la relation souvent anxieuse que nous entretenons avec notre santé.

« C’est naturel d’attacher une grande importance à la santé, soutient-il, puisque c’est le bien le plus précieux que nous possédons. Par contre, cette propension naturelle à nous préoccuper de notre santé, notre peur de la perdre, nous rend très vulnérables à l’exploitation. En fait, cette obsession d’héberger des maladies qu’on ignore nous incite à consommer plus de services de santé, à consulter, à subir des examens, à accepter de prendre des médicaments dont l’utilité est inconnue, quand elle n’est pas inexistante. »

La phobie du cholestérol

De nos jours, nombreux sont ceux qui se préoccupent de leur taux de cholestérol. Souvent à tort, croit le Dr Turcotte : « La hantise du cholestérol, au fond, est une bêtise colossale. Le cholestérol est un élément dont nous avons besoin pour vivre. C’est un élément structurel important de la membrane cellulaire, surtout dans le système nerveux. C’est également un élément structurel important pour beaucoup de nos hormones. Présenter des variations du taux de cholestérol comme étant des indices annonçant une maladie future, cette connaissance-là n’existe pas. »

Aussi injustifiée soit-elle, la hantise du cholestérol a pourtant des impacts bien réels. À titre d’exemple, en 2009, les 2 médicaments d’ordonnance les plus prescrits au Canada étaient 2 statines, 2 médicaments habituellement prescrits pour abaisser le taux de mauvais cholestérol. Globalement, ces 2 médicaments ont entraîné des coûts de 2 milliards de dollars. Pour le Dr Turcotte, il s’agit non seulement d’une dépense souvent inutile, mais également de médicaments qui détériorent la vie de beaucoup de consommateurs, parce que les effets secondaires sont très déplaisants, et ce, sans aucun avantage thérapeutique. Plusieurs études scientifiques ont d’ailleurs remis en cause l’efficacité des statines en prévention primaire des maladies cardiovasculaires. Il est toutefois important de mentionner que les statines ont fait leur preuve auprès des patients qui ont déjà fait un infarctus et dont le taux de cholestérol est élevé.

« Les compagnies pharmaceutiques ont très bien compris, soutient Fernand Turcotte, où étaient les opportunités d’induire en erreur la pratique médicale, et elles les utilisent toutes systématiquement. » Pour le Dr Turcotte, il est également important de ne jamais oublier que dans le domaine de la santé, il n’y a pas que des organismes à but non lucratif, mais aussi beaucoup d’entreprises commerciales, comme les compagnies pharmaceutiques, qui doivent faire des profits.

Une publicité néfaste

« Il y a une tendance lourde actuellement, poursuit le Dr Turcotte, qui vise à donner aux médicaments d’ordonnance la même liberté d’accès à la publicité de masse, qu’on observe pour toutes les commodités de la vie courante. Cette tendance est dangereuse puisqu’elle est une méthode très efficace de persuader encore plus de gens qu’ils sont peut-être malades, et à rechercher auprès de leur médecin la confirmation de leur diagnostic et puis, bien sûr, la prescription. Penser que cette publicité pourrait s’étendre à l’ensemble des médicaments d’ordonnance, ça donne des cauchemars. »

La clé : la relation entre le patient et le médecin

Pour se protéger contre l’obsession de la santé parfaite, le Dr Turcotte suggère aux patients d’établir une relation de confiance avec leur médecin. Mais il y va d’une mise en garde supplémentaire : « Il est bien important de faire comprendre à son médecin qu’on n’est pas soucieux, ni désireux, d’avoir des tests de laboratoire et des prescriptions de médicaments. Ça va rassurer le médecin de voir qu’il est en face d’un patient raisonnable et non pas d’un patient stéréotypé. »