Une pilule une petite granule

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Du 2 avril au 7 septembre 2015

Dossier de la semaine

Traiter les troubles du sommeil chez les enfants

Émission du 20 octobre 2011

Les troubles du sommeil représentent l’une des principales causes de consultation en pédiatrie au Québec. Le problème n’affecte pas moins de 30 % des enfants de moins de six ans chez nous. On parle ici de peurs nocturnes, de cauchemars, de somnambulisme, mais aussi, d’insomnie.

À la Clinique du sommeil de l’Hôpital Rivière-des-Prairies, on prend ce problème très au sérieux et on fait tout pour redonner un meilleur sommeil aux enfants et bien sûr, à leurs parents.

L’importance du sommeil

Si le sommeil est essentiel pour tous, il l’est encore plus pour les enfants. Et pour cause : une importante partie du développement du corps et du système nerveux se fait pendant les heures de sommeil, explique Roger Godbout, neuropsychologue, psychologue et chercheur à l’Hôpital Rivière-des-Prairies. «Pendant le sommeil, des séquences d’activation du cerveau sont rejouées, explique-t-il, ce qui est important pour réaliser certaines actions et certaines fonctions pendant le jour. Si le sommeil est perturbé, ça peut perturber l’acquisition de ces habiletés et capacités, aux niveaux psychologique, émotif et moteur.»

Malgré les multiples bienfaits du sommeil, Roger Godbout émet toutefois certaines réserves face aux traditionnelles grilles établissant les heures de sommeil nécessaires pour les enfants de différents âges. «Le nombre d’heures suffisant de sommeil, c’est le nombre d’heures qui fait en sorte qu’on fonctionne très bien de jour, précise le chercheur. Il y a de longs dormeurs, de courts dormeurs. Chez les enfants, c’est un peu plus difficile à déterminer… Bien sûr qu’un enfant de deux ans ne pourra pas se satisfaire de sept heures de sommeil, c’est clair. Mais la limite n’est pas claire à établir.»

De manière générale, les enfants dorment très bien. Mais ce bon sommeil peut facilement être perturbé par un problème d’anxiété ou de santé physique, ou encore une situation de conflit social ou familial.

Quand bébé ne veut pas dormir

Mila fait partie des nombreux enfants qui ont éprouvé des problèmes de sommeil au cours de leurs premières années de vie. Sa mère, Élise Larouche, se souvient que dès les premières semaines, Mila était une enfant très sensible aux différents stimuli : une simple sortie en poussette ou en voiture pouvait la faire hurler intensément. À l’âge de huit mois, les choses ont commencé à se corser. Mila ne dormait plus de toute la journée, et le soir, elle pouvait prendre plus de deux heures avant de s’endormir et finalement tomber d’épuisement.

Infirmière clinicienne à l’Hôpital Rivière-des-Prairies, Évelyne Martello explique que certains signes indiquent clairement que les enfants éprouvent des problèmes de sommeil :

– quand un enfant dépend de ses parents pour s’endormir
– quand un enfant se réveille plus de 20 minutes à chaque réveil et ne réussit pas à se rendormir facilement
– si l’enfant se réveille plusieurs fois par nuit et plusieurs fois par semaine
– si le problème de sommeil s’étire sur plus de trois mois

Les conséquences du manque de sommeil

Même si les troubles du sommeil n’entraînent pas nécessairement de problèmes physiques importants chez les enfants, ils ne doivent pas être pris à la légère pour autant, prévient Roger Godbout. «Un mauvais sommeil peut jouer sur l’humeur et la cognition d’un enfant, explique-t-il, et c’est important parce que c’est à cet âge-là que l’enfant construit sa personnalité, bâtit sa relation avec les autres, apprend des règles, etc. Et si l’enfant n’est pas en condition de le faire, il va retarder un peu son développement.»

Des études scientifiques sur des chatons ont révélé que la perturbation de certains stades du sommeil peut entraîner un mauvais développement de la vision. Et même s’il n’est pas possible de réaliser des études semblables chez l’être humain, pour des raisons éthiques évidentes, Roger Godbout considère qu’il est très plausible qu’un sommeil insuffisant et de mauvaise qualité puisse interférer avec le développement normal physique et psychologique.

Dans le cas de Mila, il est fort possible que les problèmes de sommeil aient été à la source d’une série d’autres problèmes qui inquiétaient ses parents. Après avoir consulté une série de spécialistes, notamment pour vérifier si Mila ne souffrait pas d’un trouble du développement, Élise Larouche a finalement eu l’idée de consulter à la Clinique du sommeil, ce qui lui a permis de découvrir la source du problème : un trouble d’association à l’endormissement. Comme plusieurs enfants de son âge, Mila dépendait de ses parents ou d’une manipulation de ses parents pour s’endormir le soir ou se rendormir la nuit. Dans son cas précis, il s’agissait de l’heure du boire de Mila qui était trop rapprochée du dodo.

Pour solutionner ce type de problème, Évelyne Martello suggère de s’en remettre aux techniques déjà éprouvées, comme celle du «5-10-15» (voir encadré). Il s’agit d’une excellente façon de corriger les mauvaises habitudes souvent à la source des problèmes de sommeil chez les enfants.

Traiter l’insomnie chez les enfants malades

Le Laboratoire du sommeil de l’Hôpital Rivière-des-Prairies est unique au Québec. Il se spécialise chez les enfants et adolescents atteints de troubles de développement neurologique et qui ont des problèmes de sommeil. Par exemple, on sait qu’au moins 80 % des enfants autistes ne dorment pas. C’est un problème dont on parle peu, et pourtant, il existe des traitements très efficaces.

Les troubles du sommeil chez les enfants autistes

À 6 ans, Dominique ne fait des nuits entières que depuis 3 semaines. Atteint d’un retard global combiné à une hypotonie et un autisme léger, Dominic a traversé de très importants problèmes de sommeil. Rosaria Sarina Ferrara, sa mère, se souvient qu’au cours de ses 18 premiers mois, Dominic se réveillait systématiquement toutes les 30 ou 45 minutes. Par la suite, et jusqu’à l’âge de 6 ans, il ne réussissait pas à dormir plus de 2 ou 3 heures de suite.

«Pendant 6 ans, j’ai dormi environ 3 ou 4 heures par nuit, souvent 2 heures, raconte Rosaria Sarina Ferrara. On se disait, mon mari et moi : Comment va-t-on pouvoir continuer comme ça toute notre vie? Où va-t-on aller chercher de l’aide?»

Malgré toute la détresse que pouvait leur générer le manque de sommeil de Dominic, ses parents ne pensaient pas qu’il était possible de le traiter. Comme de nombreux parents d’enfants atteints de troubles neurologiques, ils croyaient, à tort, que ces problèmes étaient indissociables de la maladie de leur enfant. Et pourtant, le manque de sommeil avait d’importants impacts sur la qualité de vie de Dominic. Au déjeuner, il dormait dans son assiette, criait et n’avait qu’une chose en tête : dormir. Et il s’en ressentait par la suite pour le reste de la journée.

Traiter le sommeil

Les problèmes de sommeil sont plus complexes chez les enfants atteints de troubles neurologiques que chez les enfants normaux. En effet, ils sont souvent incapables de trouver un bon cycle de sommeil et de dormir une nuit entière, souvent en raison de l’atteinte neurologique elle-même, combinée à des problèmes de comportement et de mauvaise hygiène de sommeil. Pour ces enfants, et bien sûr leurs parents, la quête d’un bon sommeil semble parfois vaine et vouée à l’échec, et pourtant, une aide professionnelle comme celle qui est offerte à l’Hôpital Rivière-des-Prairires peut représenter une véritable bouée de sauvetage.

À la Clinique du sommeil, l’infirmière clinicienne Évelyne Martello rencontre fréquemment des parents d’enfants autistes qui, à l’instar des parents de Dominic, n’avaient jamais pensé auparavant que les problèmes de sommeil de leur enfant pouvaient être résolus. Souvent très sollicités par toutes les tâches liées à l’autisme de leur enfant, les parents traversent les mauvaises nuits comme une fatalité, et ce, pendant des années.

«C’est triste, parce qu’on sait très bien que le manque de sommeil peut entraîner des séquelles pour ces enfants, explique Évelyne Martello. Ça empire leur fonctionnement pendant la journée. Souvent, ce sont des enfants qui vont faire des crises, qui vont avoir des difficultés à se concentrer à l’école. Et on a réalisé, publications à l’appui, qu’en réglant les problèmes de sommeil, on aide beaucoup le fonctionnement de ces enfants.»

Lors de la première consultation avec un enfant et ses parents, les spécialistes de la Clinique du sommeil de l’Hôpital Rivière-des-Prairies vérifient tout d’abord quelles sont les interventions nécessaires et si certaines causes médicales ne contribuent pas à leurs problèmes de sommeil, comme des troubles digestifs ou respiratoires. Au besoin, certains enfants sont dirigés vers un médecin spécialiste ou au Laboratoire du sommeil.

Lorsqu’il rencontre les cas plus complexes, Roger Godbout utilise différentes techniques pour analyser le sommeil d’un enfant. Il peut notamment faire porter au jeune patient un bracelet qui traduit les mouvements, afin de déterminer si ses cycles de sommeil sont normaux. L’enfant peut également séjourner au Laboratoire de sommeil, où il passe la nuit dans un lit, branché sur une série d’électrodes et de capteurs qui permettront à l’équipe de consigner toute une gamme de paramètres très précis, comme les ondes cérébrales, les paramètres cardio-respiratoires, les mouvements de jambe et les ronflements. Il est aussi très utile que les parents filment le sommeil de leur enfant à la maison, ce qui permet d’obtenir un portrait général des nuits de l’enfant dans son milieu naturel.

Les solutions

Lorsque l’équipe de la Clinique du sommeil a terminé l’ensemble de ses vérifications, des recommandations sont transmises au parent afin d’améliorer le sommeil de leur enfant. Parmi celles-ci, une attention très spéciale est très souvent portée à la routine des enfants en soirée.

«Ces enfants-là ont besoin de points d’ancrage pour les aider à comprendre qu’on suit certaines étapes et qu’ensuite on va dormir, explique Évelyne Martello. Et comme ces enfants malades ont souvent plus de difficultés à ressentir les choses, on va amplifier leurs sensations pour qu’ils puissent consolider leur sommeil, en diminuant le bruit et la lumière par exemple.» Des aménagements dans la chambre peuvent également aider l’enfant à avoir des repères sécurisants, tout comme l’utilisation d’une couverture lourde. «C’est comme une catalogne que nos grands-mères tissaient, précise Évelyne Martello. Elle pèse un certain poids, et elle aide l’enfant à sentir les limites de son corps, et il va se sentir beaucoup moins agité et moins anxieux.»

Le rôle de la mélatonine

Il arrive parfois qu’un médicament soit utilisé pour complémenter ces bonnes habitudes. Dans bien des cas, il s’agira de mélatonine, une hormone qui fait souvent défaut chez les enfants autistes.

«On a tous dans notre cerveau une horloge biologique qui va régler le moment où sont sécrétées certaines hormones, explique Roger Godbout. Et la mélatonine est une hormone qui donne l’heure à tout le corps. C’est une hormone de noirceur qui indique au corps qu’il fait noir et que c’est le temps de se préparer à la nuit.» Mais dans certains problèmes de santé, comme l’autisme, il semble que cette horloge biologique ne fonctionne pas bien : la différence entre le signal de jour et le signal de nuit n’est pas assez contrastée, en raison d’une insuffisance de sécrétion de mélatonine.

Des effets bénéfiques

Pédiatre développementaliste à l’Hôpital Sainte-Justine et à l’Hôpital Rivière-des-Prairies, la Dre Céline Belhumeur est catégorique : quand on règle les problèmes de sommeil d’un enfant aux prises avec un trouble développemental, on obtient nécessairement des effets positifs sur son bien-être général. «L’enfant devient moins irritable, explique-t-elle. Il dort beaucoup moins le jour et il devient par conséquent beaucoup plus réceptif et plus ouvert aux thérapies. Et comme les thérapies et les interventions éducatives ont pour but de développer son potentiel maximum, on met les chances de son côté. Ça ne fait pas disparaître toutes ses difficultés, mais au moins, on lui donne son potentiel maximal.»

Et le taux de réussite est particulièrement élevé à l’Hôpital Rivière-des-Prairies. Roger Godbout évalue que sur l’ensemble des enfants rencontrés chaque semaine, l’équipe réussit à améliorer le sommeil d’environ 90 % d’entre eux : «L’enfant devient beaucoup plus disponible, beaucoup plus fonctionnel et déjà plus heureux parce qu’il a un bon sommeil.»

Pour Dominic et sa famille, le changement a été radical. «Avant, Dominic était de mauvaise humeur, raconte sa mère, il faisait beaucoup de crises et il pleurait toujours. Maintenant qu’il dort mieux, je le vois plus heureux et plus en forme. Il est capable de faire sa physiothérapie et de suivre ses amis à l’école. Il peut aller à la piscine une fois par semaine à l’école. Il peut faire plein d’activités, comme un enfant normal.»

La méthode 5-10-15

1– déposer l’enfant éveillé dans son lit
2– le laisser pleurer seul 5 minutes
3– revenir le rassurer en lui offrant un petit réconfort, comme un toutou ou une doudou
4– repartir et laisser l’enfant pleurer 10 minutes
5– répéter l’étape 3
6– repartir et laisser l’enfant pleurer 15 minutes

Informations supplémentaires

Ouverte il y a 2 ans, la Clinique du sommeil de l’Hôpital de Rivière-des-Prairies réserve pour le moment ses services aux enfants atteints de troubles envahissants du développement ou de problèmes neuro-développementaux. À terme, elle souhaite toutefois pouvoir éventuellement offrir ces mêmes services aux enfants en santé.

Ressources utiles

MARTELLO, Évelyne, Enfin je dors… et mes parents aussi, Éditions CHU Sainte-Justine, 2007.

Clinique interdisciplinaire des troubles du sommeil (CPITS) du CHU Sainte-Justine
http://www.chu-sainte-justine.org/cliniques/UA.aspx?item=80600

Centre d'information du CHU Sainte-Justine : Guide Info-Famille
http://www.chu-sainte-justine.org/famille/CISE-description.aspx?id_sujet=100173