Une pilule une petite granule

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60 minutes

Du 2 avril au 7 septembre 2015

Histoire de cas

Henri Desbiolles : la violence envers les personnes handicapées

Émission du 3 novembre 2011

Henri Desbiolles n’a pas toujours été en fauteuil roulant. Depuis l’âge de 49 ans, il est confronté à cette nouvelle réalité qui l’a beaucoup fait réfléchir sur la vulnérabilité des personnes handicapées.

Malgré ses limitations, M. Desbiolles est un homme actif qui veut prendre sa place dans la société et dénoncer. Dire tout haut ce que plusieurs dans la même situation vivent tout bas.

Une vie brisée par un AVC

«Toute violence, qu’elle soit physique, verbale ou psychologique, est inadmissible. Et moi, je ne veux pas faire pitié. Il y 50 ans, les gens faisaient pitié pour obtenir des choses. Moi, je ne ferai jamais pitié.»

– Henri Desbiolles

Jusqu’à l’âge de 49 ans, tout allait pour le mieux pour Henri Desbiolles et il maintenait une excellente santé jusqu’à ce qu’un accident vasculaire cérébral fasse basculer sa vie. Pendant plusieurs jours, il demeure entre la vie et la mort. À son réveil, il n’est plus le même homme et il se voir condamné à vivre avec la moitié du corps paralysé ainsi qu’une légère aphasie.

Optimiste, Henri Desbiolles décide de tout faire pour conserver son autonomie et il s’organise du mieux qu’il peut pour demeurer chez lui, plutôt qu’en centre de soins de longue durée. Pour y parvenir, il n’a toutefois pas d’autre choix que de recourir aux services de préposés qu’il peut payer grâce à l’aide financière du programme gouvernemental Emploi-service.

La vulnérabilité face aux préposés

Comme bien des personnes handicapées, Henri Desbiolles a parfois vécu des situations très difficiles avec certains préposés. «Ce n’est pas évident, explique-t-il, car si la personne est là simplement pour faire de l’argent, et si elle voit mon fauteuil roulant avant de voir l’être humain que je suis, ça me pose à ce moment-là un problème. Je trouve ça très humiliant, car je me sens tributaire de ces gens».

«Pour moi, la violence, par exemple, c’est un préposé qui trouve que je ne vais pas assez vite et qui prend mon bras gauche paralysé et va le lancer sur moi, et ensuite me dire d’aller un peu plus vite…»

À certains moments, M. Desbiolles s’est senti très humilié par des commentaires de préposés, notamment quand l’un d’entre eux lui a lancé : «Arrête de faire le bébé, ostie de con!»

L’horaire des services lui cause aussi souvent des problèmes. En tant que bénéficiaire qui sollicite un service, il apprécierait que les services lui soient rendus aux heures qui lui conviennent. Très actif et impliqué dans le milieu communautaire, il a souvent besoin de quitter sa maison vers 9 h le matin, mais doit attendre le préposé qui lui a annoncé qu’il n’arrivera qu’à 9 h 30, car il s’est couché tard la veille.

«C’est à prendre ou à laisser, explique M. Desbiolles, et on accepte parce qu’on a peur de perdre le peu que l’on a. Et je pense qu’il y a beaucoup de gens qui se sentent dans cette situation.»

Malgré toutes ses difficultés, M. Desbiolles considère qu’il a de la chance, comparativement à d’autres : «Je ne reste pas dans mon urine et mes excréments en attendant que la couche soit archipleine pour la changer… Et rester dans un lit, nu, en attendant que quelqu’un soit disposé à venir vous laver et vous changer…»

Dénoncer l’injustice

Devant toutes les injustices dont il est victime ou témoin, M. Desbiolles souhaite briser le mur du silence : «J’ai envie de dénoncer parce que j’ai horreur de l’hypocrisie et du manque de compassion.»

«Comment peut-on ignorer une personne qui est en face de soi, questionne-t-il. Il faut absolument que cette personne soit, non pas valorisée comme une sainte, mais être à la hauteur de sa dignité et de sa personnalité.»

Malgré toutes ses doléances, Henri Desbiolles tient à préciser que de nombreux préposés font un excellent travail. «Mais il y a des moutons noirs, poursuit-il, et ces gens doivent être dénoncés. Les préposés eux-mêmes n’osent pas dénoncer leurs propres collègues. Il y a donc un nœud quelque part. Qu’est-ce qu’on fait à ce moment-là? Est-ce que la direction s’en occupe vraiment? Et quand il y a maltraitance, à qui doit-on s’adresser? Est-ce qu’on appelle la police? Est-ce qu’on en parle à la travailleuse sociale? Et quelles seront les conséquences? Il faut que les gens se sentent tout à fait à l’aise et sachent qu’ils ont le droit de vivre comme tout un chacun, malgré leur handicap. Car la différence entre vous et moi, c’est simplement mon fauteuil.»

«C’est fini le silence, conclut-il. Respectez mes semblables et que je ne vois jamais personne toucher à un cheveu de quelqu’un qui est en situation de faiblesse!»

Informations supplémentaires

Malheureusement, de nombreuses études démontrent qu’une forte proportion de personnes handicapées est victime de violence. Dans la moitié des cas, les agresseurs sont des fournisseurs de service, ce qui place les victimes dans des situations très délicates. Elles ont peur, si elles se plaignent, d’être victimes de représailles ou d’être carrément laissées à elles-mêmes. Le RAPLIC (Regroupement des activistes pour l’inclusion des personnes en situation de handicap) propose, entre autres, comme solution à ce problème de mieux former et de mieux payer les préposés, car à l’heure actuelle il s’agit encore d’un travail qui est très peu valorisé.

Pour en savoir plus, consultez le site web du RAPLIQ :
http://www.rapliq.org/2011/08/03/crimes-caches/