Une pilule une petite granule

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Du 2 avril au 7 septembre 2015

Dossier de la semaine

Parkinson : ralentir la maladie

Émission du 10 novembre 2011

Le Parkinson est la deuxième maladie dégénérative la plus répandue après l’Alzheimer. Au Québec, 25 000 personnes en sont atteintes. Et pourtant, on en parle bien peu dans les médias, même si des gens comme Chantal Jolis ou Pierre Nadeau ont contribué chez nous à mieux faire connaître la maladie auprès du grand public.

Recevoir un diagnostic de Parkinson est une bien sombre nouvelle, notamment parce qu’on sait qu’il n’existe aucun traitement curatif. Mais les experts que nous avons rencontrés insistent pour dire qu’il ne faut surtout pas baisser les bras.

Une maladie qui frappe parfois très tôt

Marco Chabot n’avait que 33 ans quand il a commencé à éprouver d’inquiétants problèmes de santé. Au départ, il ne s’agissait apparemment que de fatigue ou d’épuisement, même si sa main droite avait commencé à trembler mystérieusement au repos. Mais ses inquiétudes ont commencé à se cristalliser quand sa jambe droite s’est mise à trembler elle aussi. Ce n’est que plus d’un an plus tard qu’il recevra le terrible diagnostic : maladie de Parkinson.

Aujourd’hui âgée de 43 ans, Annie Girard vit quant à elle avec la maladie de Parkinson depuis plus de dix ans. Elle n’avait que 30 ans lorsque les premières douleurs inquiétantes ont commencé à se manifester. Enseignante d’histoire au secondaire, elle doit chaque année aviser ses élèves qu’elle est atteinte d’une maladie dégénérative qui lui cause notamment une grande raideur musculaire. «Je leur dis que c’est la maladie du p’tit vieux qui shake, raconte-t-elle avec humour, mais que c’est seulement moi qui a le droit d’appeler ça comme ça.»

Une maladie dégénérative qui affecte la motricité

La maladie de Parkinson touche habituellement les gens plus âgés, mais 10 % des patients, comme Marco Chabot et Annie Girard, reçoivent le diagnostic avant l’âge de 50 ans. Mais de quoi s’agit-il exactement?

«La maladie de Parkinson, c’est une maladie qu’on dit neurodégénérative et dont les manifestations sont surtout motrices, explique le Dr Sylvain Chouinard, neurologue à l’hôpital Notre-Dame du CHUM. La plus connue de ces manifestations est probablement le tremblement, très caractéristique puisqu’il survient au repos. Les autres principales manifestations motrices sont la lenteur et la raideur. Et lorsque la maladie évolue, on peut également éprouver des problèmes d’équilibre.»

Il existe également d’autres types de manifestations, poursuit le Dr Chouinard, comme des changements au niveau de l’humeur, la dépression et des atteintes cognitives, comme des troubles de la mémoire. Il s’agit toutefois de symptômes qui se manifestent beaucoup plus tardivement dans l’évolution de la maladie.

À l’heure actuelle, il n’existe aucun traitement curatif contre la maladie de Parkinson et les scientifiques ignorent encore qu’elle en est la cause exacte. Ils savent par contre qu’elle provient d’une production insuffisante d’un neurotransmetteur essentiel aux différentes fonctions motrices : la dopamine. Les symptômes commencent à apparaître lorsque 70 % des neurones dopaminergiques cessent de fonctionner.

La dopamine

Professeure et chercheuse en neurobiologie à l’Université Laval, Francesca Cicchetti explique qu’il est normal que l’efficacité des systèmes dopaminergiques s’estompe en cours de vie, mais que cette dégénérescence se produit beaucoup plus tôt chez les parkinsoniens. «Si on vivait tous jusqu’à 120 ans, on aurait probablement tous le Parkinson, explique-t-elle, parce qu’il y a une dégénérescence des cellules dopaminergiques à travers le temps chez tous les individus. Mais dans la maladie de Parkinson, il survient un événement à un moment précis de l’âge adulte qui fait que cette dégénérescence est accélérée et que les symptômes commencent à apparaître.»

Malgré les nouvelles connaissances sur le fonctionnement de la maladie, les chercheurs ignorent encore qu’elle en est la cause exacte. Dans 10 % des cas, il semble que des facteurs génétiques pourraient expliquer le déclenchement de la maladie. Mais dans tous les autres cas, soit 90 %, aucune cause n’a pu être clairement identifiée.

Les produits chimiques pointés du doigt

Les chercheurs soupçonnent toutefois que des virus ou l’exposition aux pesticides pourraient être à l’origine du développement de la maladie. «On sait qu’il y a des corps de métiers parmi lesquels il y a plus grande incidence de la maladie de Parkinson, par exemple chez les soudeurs et les agriculteurs, explique Francesca Cicchetti. Il semble que les pesticides ingérés auxquels on est exposés en surdose pourraient s’infiltrer au niveau du cerveau en passant la barrière hémato-encéphalique. Et souvent ces petites molécules vont aller se loger dans la mitochondrie, la chaîne respiratoire de la cellule, et faire mourir la cellule en attaquant la mitochondrie.»

Dans le cas de Marco Chabot, qui a été débosseleur-peintre dans le passé, il est fort possible que les produits chimiques aient contribué au développement précoce de sa maladie. Il se souvient effectivement que ces types de produits étaient abondamment utilisés dans son travail. Mais il refuse toutefois de pointer du doigt cette seule explication. Il s’agit davantage selon lui de la combinaison de différents facteurs.

Annie Girard, pour sa part, ignore pourquoi elle a développé cette maladie si tôt dans sa vie. Car même si elle vient d’un milieu rural, où beaucoup de pesticides sont utilisés, elle est la seule de sa famille à avoir développé la maladie. Après avoir passé des heures à fouiller dans Internet afin de trouver une explication, elle a décidé d’arrêter de se creuser la tête et d’accepter sa réalité.

L’évolution de la maladie

Ce qui est particulièrement délicat avec la maladie de Parkinson, c’est que tous les patients n’évoluent pas de la même manière, précise le Dr Chouinard : «C’est assez difficile de faire le pronostic au long cours. Des gens évoluent beaucoup plus rapidement, alors que chez d’autres, la maladie peut évoluer sur une dizaine d’années, voire même 20 ans. J’ai des patients qui ont la maladie depuis 25 ans et qui jouent encore au golf. Je ne vous dis pas que c’est la norme, et que c’est la majorité des gens, mais ça prouve qu’il y a des extrêmes. D’autres, au contraire, après 5 ans ont une atteinte beaucoup plus importante et peuvent déjà être en perte d’autonomie.»

Le 11 septembre 2008, Marco Chabot a dû cesser de travailler : «Je peux même vous dire l’heure, si vous voulez. Je m’en souviens comme de l’effondrement des deux tours de New York. Pour moi, c’est ma vie qui s’est effondrée.» Par la suite, les obstacles se sont précipités : divorce, dépression. Au plus creux de cette descente aux enfers, Marco a même envisagé le suicide.

Il est fréquent que les patients atteints de maladie de Parkinson présentent des symptômes dépressifs. Or, il semble que la dépression fait partie de la maladie, et qu’elle ne soit pas seulement associée à la détresse psychologique due au développement d’une maladie chronique. C’est pourquoi il faut la traiter agressivement.

Adoucir les effets de la maladie de Parkinson

Au Québec, il y a de plus en plus de neurologues spécialisés en Parkinson, ce qui rend la prise en charge bien meilleure qu’il y a 15 ans. Aujourd’hui, on investit des millions de dollars dans la recherche, afin de pouvoir éventuellement prévenir et traiter la maladie de Parkinson. Mais en attendant, on mise sur un éventail de possibilités afin de mieux contrôler les symptômes et ainsi préserver la qualité de vie des patients.

Les médicaments disponibles

Pour Marco Chabot, la progression de la maladie s’est avérée assez rapide. Peu à peu, il a commencé à perdre la motricité fine nécessaire pour boutonner ses vêtements, se faire la barbe et écrire. Il a également commencé à éprouver des problèmes de concentration, qu’il attribue non seulement à l’évolution de la maladie, mais également à l’effet des médicaments. Maux de cœur, nausées, vertiges, perte de poids, problèmes urinaires : ces effets secondaires sont très désagréables, mais il s’agit selon lui d’un mal nécessaire.

Pour le moment, aucun traitement ne permet de traiter la maladie, rappelle Francesca Cicchetti. Par contre, il existe des traitements très efficaces pour traiter les symptômes de la maladie et ainsi améliorer la qualité de vie des patients. Parmi les différentes options thérapeutiques disponibles, le traitement de première ligne est habituellement un médicament qu’on appelle la lévadopa.

La lévadopa est un médicament très efficace, soutient le Dr Chouinard. Elle permet de remplacer la dopamine en augmentant la production dopaminergique dans le cerveau. D’autres médicaments sont également disponibles : certains simulent l’effet de la dopamine tandis que d’autres vont prolonger l’effet de la dopamine dans le cerveau.

Les autres approches

Les traitements pharmacologiques ne sont toutefois pas une panacée et chez certains patients, il survient un moment où ils ne fonctionnent plus. À cette étape de la maladie, il est possible de traiter les patients avec la stimulation cérébrale profonde. «Il s’agit d’une approche qui consiste à insérer des électrodes dans le cerveau des patients, précise Francesca Cicchetti et à aller stimuler les régions qui ont perdu des cellules dopaminergiques. Et ça, quand ça fonctionne, ça donne des effets spectaculaires.»

Il existe également un autre traitement, mais beaucoup plus expérimental : la transplantation cérébrale de cellules souches. Malgré les succès possibles de cette thérapie, le succès n’est pas garanti chez tous les patients. Et, dans certains cas, les effets secondaires qui y sont reliés sont semblables à ceux provoqués par une prise prolongée de la lévadopa. Même s’il s’agit d’une voie prometteuse, cette approche n’a pas encore été expérimentée chez l’humain en Amérique du Nord.

L’importance de l’activité physique

En parallèle des différentes avenues thérapeutiques, le Dr Sylvain Chouinard insiste sur un point névralgique : l’importance de l’activité physique. Car au-delà de la prévention et des bienfaits sur le bien-être général, il semble que l’activité physique pourrait jouer un rôle beaucoup plus fondamental dans le développement de la maladie. «Dans les dernières années, explique le Dr Chouinard, de nouvelles études dans le modèle animal ont montré que l’activité physique peut jouer au niveau de la dopamine et des neurotransmetteurs du cerveau, et on a même espoir que ça puisse faire ralentir la progression de la maladie.»

Dans son quotidien, Annie Girard refuse de baisser les bras à l’idée que le Parkinson est une maladie dégénérative et, avec sagesse, elle a choisi de se concentrer sur ce qu’elle pouvait faire pour améliorer son bien-être : bien manger, dormir et demeurer active physiquement. Elle croit également que le fait de continuer à travailler lui permet de ralentir la progression de la maladie.

L’avenir

Quatorze ans ont passé depuis qu’Annie Girard a reçu son diagnostic de maladie de Parkinson. Même si elle conserve l’espoir qu’un médicament curatif soit éventuellement offert sur le marché, elle se demande si elle pourra en bénéficier avant que la progression de la maladie ne soit définitive.

À l’Université Laval, l’équipe de recherche de Francesca Cicchetti travaille d’arrache-pied au développement de nouvelles stratégies thérapeutiques pour contrer la maladie de Parkinson : la neuroprotection et la neurorestauration.

«La neuroprotection vise à prévenir le développement de la maladie, avant que les symptômes apparaissent, explique-t-elle. Mais pour faire ça, il faut connaître les gens susceptibles de développer la maladie, ce qui demeure un obstacle important. Il n’en demeure pas moins qu’il est plus facile de prévenir la maladie que de la guérir.» Parmi les différentes options explorées, l’équipe de Francesca Cicchetti étudie notamment l’utilisation d’omégas-3 pour prévenir la dégénérescence dopaminergique et optimiser la santé des cellules du cerveau.

Même si plusieurs annoncent la venue d’un traitement curatif contre la maladie de Parkinson au cours des prochaines années, Francesca Cicchetti demeure prudente : «Je pense que le mot “cure” est peut-être un peu utopique, mais je sais qu’en ce moment il y a beaucoup de possibilités de traitement contre la maladie de Parkinson, que la recherche a avancé de façon spectaculaire grâce à la visibilité de gens comme Michael J. Fox qui ont permis aux chercheurs d’avoir plus de ressources. Les connaissances et la recherche avancent donc de plus en plus.»

Pour le moment, les patients atteints de la maladie, comme Marco Chabot et Annie Girard, doivent apprendre à vivre avec la maladie et avec l’éventualité que la médication ne fasse éventuellement plus effet. «Il faut s’en faire un allié, conclut Marco Chabot, apprendre à la dompter et non pas à la combattre – ce que j’ai fait au début.» Preuve qu’il affronte désormais son destin avec sérénité, il a choisi de faire un pied de nez à la vie. Aujourd’hui uni à une nouvelle conjointe, il s’apprête à devenir papa une troisième fois. «L’avenir je le vois beau, conclut-il, même si je suis très conscient que la maladie avance tous les jours.»

L’âge moyen d'apparition de la maladie de Parkinson est de 60 ans.

Source : Société Parkinson Canada