Une pilule une petite granule

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60 minutes

Du 2 avril au 7 septembre 2015

Le portrait

Sylvie Belleville : entretenir la mémoire

Émission du 10 novembre 2011

Sylvie Belleville est chercheuse en neuropsychologie et directrice de la recherche à l’Institut universitaire de gériatrie de Montréal. Sa notoriété est incontestable. Elle travaille depuis plusieurs années sur la mémoire et la maladie d’Alzheimer. Ses travaux qui ont été publiés et ont fait la manchette donnent espoir qu’on pourra enfin un jour retarder l’apparition des symptômes de l’Alzheimer.

Histoire de son père

Ce n’est pas certainement pas un hasard si Sylvie Belleville a consacré sa carrière à l’étude du cerveau. Elle a été fortement marquée par la triste histoire de son père, victime d’un AVC qui l’a laissé avec des problèmes de cognition, de mémoire et de vision, alors qu’il était encore relativement jeune. «J’ai réalisé que personne ne le prenait en charge, raconte-t-elle. Il aurait peut-être pu bénéficier d’interventions comme ce que je développe aujourd’hui. Mais personne ne lui a offert ça. On l’a renvoyé dans le monde.»

«Et ça, je pense que ça m’a vraiment poussée vers le type de travail que je fais maintenant, poursuit-elle. Outiller les gens, être plus proactif, renseigner les gens sur la mémoire… ne jamais laisser une personne s’en aller dans la nature avec des difficultés comme ça.»

La plasticité neuronale

Depuis des années maintenant, Sylvie Belleville étudie le fonctionnement du cerveau des personnes atteintes de la maladie d’Alzheimer. En mars 2011, elle a publié une importante étude dans la revue scientifique Brain qui démontrait qu’un programme d’exercices de mémorisation pouvait aider à ralentir l’apparition des symptômes de la maladie d’Alzheimer, grâce à la plasticité neuronale.

«Les chercheurs s’intéressent à la plasticité neuronale chez les personnes âgées depuis environ dix ans, explique-t-elle. La plasticité du cerveau réfère à la capacité du cerveau de se transformer quand il est en contact avec des stimulations extérieures ou alors au cours de son développement. Notre équipe est la première à montrer que la plasticité neuronale est aussi présente et peut même soutenir des améliorations cognitives chez les personnes avec des signes très précoces de la maladie d’Alzheimer.»

L’étude récente

Pour réaliser cette étude, l’équipe de recherche de Mme Belleville a utilisé un programme d’intervention visant à renforcer les capacités de mémorisation des personnes âgées. Sur un groupe de 30 personnes, 15 n’avaient aucun problème de mémoire particulier, tandis que les 15 autres se situaient à un stade très précoce de la maladie d’Alzheimer.

Dans le cadre de ce programme, les participants ont reçu un enseignement leur permettant d’améliorer leur mémoire, en utilisant diverses astuces, comme l’association d’idées. Et pour bien comprendre comment le cerveau était en mesure d’effectuer ces progrès, les chercheurs ont fait appel à l’imagerie cérébrale. En visualisant directement les différentes zones du cerveau, les chercheurs ont réussi à identifier lesquelles de ces zones étaient activées lorsque les sujets emmagasinaient les mots dans leur mémoire et lorsqu’ils allaient ensuite récupérer ces mots.

Les résultats ont permis aux chercheurs de visualiser en direct l’étonnante plasticité du cerveau. «On observe des changements d’activation dans des régions qui sont nouvelles, explique Sylvie Belleville, des régions qui ne sont pas habituellement impliquées dans la mémoire, mais qui sont encore fonctionnelles chez ces gens-là. C’est comme si les personnes allaient chercher les régions qui sont saines pour effectuer les tâches de mémoire qu’elles ne faisaient pas auparavant. Et ça indique que le cerveau n’est pas si déterminé au niveau de ce qu’il peut faire. Ce n’est pas parce que cette région-là est spécialisée dans une fonction cognitive qu’elle ne peut pas réaliser une autre fonction.»
Des questions qui demeurent

Pour Sylvie Belleville, ces résultats démontrent que le cerveau est beaucoup plus flexible qu’on le croyait : «Ça ouvre vraiment une voie d’exploration tout à fait nouvelle. Quand on teste la mémoire de ces gens-là, il y a une augmentation d’environ 25 %. Les personnes notent que leur mémoire s’améliore dans leur vie de tous les jours, et elles se sentent mieux.»

Si un tel programme d’exercice peut améliorer la mémoire, cela veut-il dire pour autant qu’elle peut retarder l’apparition de la maladie d’Alzheimer? Il est trop tôt pour le dire, nuance Sylvie Belleville, car il y a beaucoup d’autres données à collecter, dans le cadre d’un suivi à plus long terme sur laquelle l’équipe travaille actuellement.

La découverte : la récompense du scientifique

«Je pense que ce qu’on a montré dans ce travail, c’est une découverte, souligne Mme Belleville. Quand on fait une découverte comme chercheur, c’est le plus grand bénéfice qu’on peut avoir. Quand on a l’impression que ça va mener à quelque chose de grand, quand on a l’impression que ça va amener à quelque chose qui va faire une différence pour les gens, ça, c’est notre plus grande récompense.»