Une pilule une petite granule

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Du 2 avril au 7 septembre 2015

La question du public

H1N1 : la vaccination était-elle justifiée ?

Émission du 17 novembre 2011

«H1N1 : la vaccination était-elle justifiée?»

Expert invité : Richard Marchand, Microbiologiste et infectiologue, Institut de cardiologie de Montréal

Automne 2009 : devant la menace d’une pandémie de grippe H1N1 et à l’instar de plusieurs pays occidentaux, le Québec organise une campagne de vaccination massive. Cette décision a été contestée par la suite, lorsque le virus s’est avéré relativement bénin, contrairement à ce qui avait été annoncé.

Pour Richard Marchand, il s’agit d’une décision qui était tout à fait justifiée puisque les autorités de santé publique ignoraient alors comment l’épidémie se développerait : «Si on avait les mêmes choses qui se reproduisaient de la même façon, on recommencerait probablement la même campagne aujourd’hui.»

Pour appuyer la pertinence de cette campagne de vaccination, Richard Marchand rappelle que malgré la campagne de vaccination, 15 % des gens ont tout de même contracté le virus, avec un taux de mortalité variant entre 0,1 et 0,2 %. Au total, au Canada, 425 personnes sont mortes de la grippe A (H1N1).

«Si le virus avait été seulement un dixième de ce qu’a été la grippe espagnole, par exemple, ou un dixième de ce qu’était le SRAS, il y aurait eu plus de 6000 à 8000 décès, dans la même période où on a eu nos 425 cas de décès, malgré la campagne de vaccination. Ça aurait été une catastrophe parce que ça aurait dépassé la capacité des hôpitaux à donner du service et à soigner les gens.»

Richard Marchand souligne également que ce n’est qu’une question de temps avant que nos sociétés soient touchées par une véritable épidémie d’influenza : «On sait, sur le plan biologique, qu’une épidémie d’influenza est non seulement inévitable, mais devrait nous être arrivée depuis une quarantaine d’années. Ce n’est donc qu’une question de temps et on doit apprendre à se préparer contre la grippe, et la meilleure manière de le faire, c’était de faire l’exercice au complet parce qu’on a découvert plein de choses qu’on aurait dû faire, ou qu’on ne devrait pas faire la prochaine fois.»

Des problèmes

Malgré la pertinence de la campagne de vaccination massive, Richard Marchand reconnaît que la mécanique de sa mise en place n’était pas optimale, notamment au niveau du transport et de la logistique : «Il n’y a jamais personne qui ne m’a fait la preuve que transporter des écoliers dans des autobus vers un centre de vaccination, c’est plus efficace que d’emmener huit infirmières pour vacciner l’ensemble d’une école d’un coup.»

Au Québec, cette année-là, 57 % de la population a été vaccinée contre la grippe H1N1. Malgré ce bilan positif, Richard Marchand déplore également que certains groupes de population n’aient pas été rejoints par la campagne de vaccination, notamment les jeunes hommes et certains groupes de nouveaux arrivants.

Les mythes entourant la vaccination

De nombreuses rumeurs ont circulé autour des potentiels effets secondaires du vaccin contre la grippe H1N1. Pour Richard Marchand, il ne s’agit que de légendes urbaines, non justifiées au niveau médical : «Quand vous vaccinez une population, il y a toujours quelqu’un, quelque part qui, la journée de la vaccination, va avoir mal au ventre, ou des crampes, et on va attribuer ça au vaccin, c’est automatique. Comme légende urbaine, on transporte ça aujourd’hui, comme si les vaccins causaient d’immenses problèmes… Et d’ailleurs, le vaccin de l’automne dernier contenait la H1N1 et servait à vacciner la population, et on n’a pas eu de réactions anormales, ou différentes des années précédentes. Donc le vaccin était très sécuritaire.»

Malgré l’innocuité du vaccin, de nombreuses personnes demeurent réticentes à se faire vacciner à nouveau. Pour Richard Marchand, il est clair qu’il va falloir attendre l’imminence d’une nouvelle menace de pandémie pour sensibiliser à nouveau les gens à l’importance de la vaccination. «Et pourtant, poursuit-il, s’il y a une seule chose qui a fait avancer la santé des populations et qui aujourd’hui encore prévient des milliers et des milliers de morts, ce sont les vaccins.»

Les leçons à tirer

«Ce qu’on peut retenir de la crise de 2009, conclut Richard Marchand, c’est que ça a été un excellent exercice préparatoire à la vraie pandémie, et qu’il fallait faire cet exercice. La journée où on aura une vraie pandémie, si on n’avait pas fait l’exercice et appris à organiser notre logistique, tout en mettant en place la production de vaccins, on ne serait pas prêts.»