Une pilule une petite granule

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Du 2 avril au 7 septembre 2015

Dossier de la semaine

Contracter une maladie en voyage

Émission du 1er décembre 2011

Aujourd’hui, les voyageurs sont de plus en plus atypiques et les destinations de plus en plus audacieuses. Il n’y a pas si longtemps encore, l’ascension du Kilimandjaro était réservée à des alpinistes bien entraînés. De nos jours, partir à l’autre bout du monde avec son sac à dos est presque à la portée de tous.

Le voyage s’est donc largement démocratisé, mais ce n’est pas sans risque pour la santé. Les gens ne prennent pas toujours les précautions nécessaires avant de partir. Chaque année, entre 20 % et 50 % des voyageurs canadiens et québécois reviennent de l’étranger avec une maladie tropicale souvent bénigne, mais parfois plus grave.

Spécialistes invités :
Dre Dominique Tessier, Directrice médicale à la Clinique santé voyage du Quartier Latin
Dr Momar NDao, Directeur du Centre national de parasitologie

L’aventure, c’est l’aventure!

Jeune maman animée d’une passion des voyages et d’un grand esprit d’aventure, Sophie Leduc s’est exilée au Mexique, en 2007, pour une période de six mois avec ses deux jeunes enfants. Pour survivre, elle troquait quelques heures de travail sur une ferme bio en échange d’un toit et d’un peu de nourriture. Confiante et enthousiaste de nature, Sophie ne s’inquiétait pas des risques qu’elle courait avec ses enfants, en mangeant exclusivement de la nourriture crue et en s’abreuvant à l’eau de la rivière. Elle avait également négligé de consulter un médecin avant de partir, afin de s’informer sur les préparatifs médicaux nécessaires à une telle expédition. Rien ne pouvait lui arriver, croyait-elle…

Aussi jeune et idéaliste soit-elle, Sophie Leduc est loin d’être un cas d’exception. Directrice médicale à la Clinique santé voyage du Quartier Latin, la Dre Dominique Tessier déplore que les voyageurs soient encore trop peu nombreux à se préparer adéquatement au niveau médical avant de partir vers l’étranger. Et pourtant, les voyages d’aujourd’hui représentent un bien plus grand risque qu’autrefois, notamment en raison de la multiplication des voyages d’aventure et des destinations exotiques.

Des voyages à haut risque

«On voit de plus en plus de gens de tous âges et de toutes conditions physiques et médicales qui partent pour le Kilimandjaro, ou avec sac à dos en Indonésie et en Asie, et qui pour des périodes relativement longues, sans itinéraire et sans bonne préparation», explique la Dre Tessier. Malheureusement, poursuit-elle, moins de 30 % de tous les voyageurs vont consulter un médecin avant de partir avec toute la préparation médicale nécessaire.

«Les gens se préparent mal parce que c’est rendu trop facile de partir en voyage, soutient la Dre Tessier. On prend l’avion comme on prend l’autobus, mais ce n’est pas un autobus, et il va nous emmener très rapidement dans des conditions climatiques et environnementales extrêmement différentes et qu’on ne connaît pas. Ça va nous exposer non seulement à des gens avec qui on va partager certaines choses, mais aussi avec des bactéries, des virus, des risques reliés à des insectes et à des choses auxquelles on n’est pas habitués.»

Pour la Dre Tessier, il est très important que les voyageurs comprennent qu’à l’étranger, les risques pour la santé sont souvent plus élevés que dans notre pays d’origine, tout spécialement dans les destinations exotiques. Et gare à la croyance populaire qui veut que les conditions de vie n’y soient pas si difficiles, puisque les populations locales y vivent sans trop de problèmes apparents. Il faut savoir que contrairement à nous, les habitants de ces pays sont souvent acclimatés à ces conditions différentes et que leur état de santé n’est pas toujours aussi bon qu’on peut le croire.

Gare aux insectes

Au cours de son séjour au Mexique, Sophie Leduc s’est fait piquer près d’un œil par un insecte pendant la nuit. Au départ insouciante de cette piqûre d’apparence banale, elle était loin de se douter que cet insecte lui avait transmis une grave maladie qui lui causera d’importants problèmes de santé.

Souvent perçues comme anodines, les piqûres d’insectes en pays tropicaux représentent un important risque pour la santé, souligne la Dre Tessier. Les insectes peuvent en effet être les vecteurs de graves maladies comme le paludisme et la fièvre dengue qui est en très forte augmentation à travers le monde. Pourtant, de simples mesures de protection peuvent s’avérer particulièrement efficaces, comme l’utilisation de moustiquaires pendant la nuit, le fait de porter des vêtements longs ou l’habitude de se couvrir de chasse-moustiques. D’aussi simples habitudes peuvent réduire le risque de piqûre de 90 % à 95 %, ce qui est très significatif.

Et contrairement aux idées préconçues, il est possible de contracter ce type de maladie par les insectes non seulement dans le fond de la jungle, mais également dans des destinations soleil très populaires, comme la République dominicaine. C’est pourquoi il est essentiel de consulter un médecin dans une clinique-voyage avant de quitter le pays et de s’informer sur les mesures adéquates pour se protéger.

De retour au pays

Ce n’est qu’à son retour au pays que Sophie a commencé à s’inquiéter de son état de santé, notamment lorsque son œil s’est mis à gonfler anormalement. Elle se sentait également frappée d’une très grande fatigue. Lors de sa première visite à l’hôpital, le médecin lui a simplement prescrit des gouttes antibiotiques à déposer dans son œil. Mais Sophie a toutefois dû se présenter à nouveau à l’hôpital lorsqu’elle a commencé à faire de fortes fièvres.

Lors de cette seconde visite, elle a été placée sous antibiotiques intraveineux, mais plus d’un mois plus tard, la guérison se faisait toujours attendre. Ce n’est que deux mois après qu’elle obtient le véritable diagnostic : la maladie de Chagas.

Lorsqu’on voyage, les maladies sont surtout transmises par l’eau, la nourriture et les insectes. Il existe un nombre infini de parasites qui peuvent nous rendre malades. À Montréal, le laboratoire du Centre national de référence en parasitologie analyse des milliers de prélèvements en provenance de partout au Canada. Des parasites assez inconnus pour la plupart, mais qui peuvent causer d’importants problèmes de santé, et ce, pour une très longue période de temps.

Insecte du désert

Tout comme Sophie Leduc, François Picard a lui aussi contracté une grave maladie tropicale en raison d’une piqûre d’insecte. Nouvellement retraité du monde de l’éducation, il avait pris la décision de s’impliquer dans un projet de développement international au Burkina Faso. Prévoyant, il s’était pourtant assuré de bien se préparer avant son départ. Il avait pris le temps de recevoir tous les vaccins nécessaires et sur place, il s’était particulièrement discipliné pour ne boire que de l’eau embouteillée.

À la toute fin de son voyage, François Picard a participé à une expédition au Sahel à dos de dromadaire. Au cours de cette aventure, il se souvient s’être fait piquer à 4 ou 5 reprises dans le dos. Et même s’il a été tout de même assez indisposé par ces piqûres, il ne s’en est pas inquiété outre mesure. Satisfait de son expérience, il est revenu au pays, sans savoir qu’il rapportait avec lui une grave maladie tropicale.

Des médecins peu informés

Quelque temps après son retour, François Picard a constaté que les toutes petites piqûres qu’il avait au dos s’étaient développées en immenses rougeurs suintantes, ce qui l’a incité à consulter son médecin de famille. Surpris et déconcerté par ces rougeurs, le médecin l’a aussitôt référé à un dermatologue qui n’avait jamais vu, lui non plus, de telles rougeurs. Curieux de vérifier s’il ne s’agissait pas d’une nouvelle forme de cancer, le dermatologue a procédé à une biopsie.

Au cours de leurs mésaventures, François Picard et Sophie Leduc ont tous les deux fait face à une difficile réalité : très peu de médecins au Québec sont habilités à diagnostiquer des maladies tropicales. Il faut dire que celles-ci sont somme toute très rares sous nos latitudes.

Directeur du Centre national de parasitologie, le Dr Momar NDao le confirme : les médecins de première ligne sont généralement très peu informés sur les maladies tropicales. C’est pourquoi il recommande aux voyageurs qui éprouvent des problèmes de santé de retour au pays de s’adresser à un centre de médecine tropicale, lorsque les services de première ligne n’ont pas permis d’obtenir rapidement une totale guérison.

Spécialisé en diagnostic de maladies parasitaires, le Centre national de parasitologie vit une véritable explosion depuis une quinzaine d’années. Entre 1988 et 2011, les demandes d’analyse ont augmenté de 550 %, passant de 2000 demandes par année à près de 11 000 demandes.

La leishmaniose

Une fois tous les examens terminés, François Picard a appris qu’il avait contracté une maladie dont il ignorait jusque-là l’existence : la leishmaniose. «C’était la première fois que j’entendais prononcer ce mot-là, raconte-t-il, et je ne vous cache pas que ça m’a fait un peu peur au départ.» C’est alors qu’il a appris qu’il s’agissait d’une maladie transmise par une toute petite mouche noire, se manifestant sous forme de plaie pouvant aller jusqu’à atteindre les os, selon sa localisation.

Très préoccupé par le développement de ses plaies qui le faisaient de plus en plus souffrir, François Picard a aussitôt entamé les démarches thérapeutiques recommandées par le dermatologue. Le traitement s’est avéré particulièrement intense puisqu’il devait se présenter chaque jour à la clinique pour recevoir une dose de médicaments en intraveineuse.

«Plus ça allait, et plus le traitement m’affaiblissait, raconte-t-il. C’est un peu comme si j’avais eu de la chimiothérapie et l’effet était assez virulent.» Bien heureusement, le traitement a tout de même permis d’éradiquer la maladie et de faire disparaître les plaies et les douleurs.

La maladie de Chagas

Tout comme la leishmaniose, la maladie de Chagas est également transmise par un insecte de la famille des punaises. Celui-ci pique le côté du visage, ce qui génère une enflure au départ temporaire. Ce n’est que par la suite que la maladie s’installe de façon chronique. Selon le Dr Momar Ndao, la maladie est parfois très tenace et peut sévir pendant plus de 20 ans en s’attaquant aux organes comme le cœur, l’œsophage, l’intestin et le colon. Plus inquiétant encore, il s’agit d’une maladie transmissible entre la mère et les enfants, et cette transmission peut s’échelonner sur plusieurs générations.

Lorsqu’elle a compris la gravité de la maladie qu’elle avait contractée, Sophie Leduc s’est retrouvée devant un choix difficile : prendre des médicaments, dont elle n’était pas certaine de l’efficacité, ou laisser la maladie se développer. Sophie était particulièrement inquiète de l’impact des médicaments sur son foie. Pour le Dr Momar NDao, il s’agit d’un dilemme légitime, puisqu’il s’agit effectivement d’un traitement toxique, long et pénible. Pire encore, il n’est pas possible en fin de traitement de s’assurer que le patient est effectivement guéri.

Des risques tout autour de la planète

Maladie de Chagas, leishmaniose, paludisme, fièvre dengue… Contrairement aux idées préconçues, il n’y a pas que dans les pays tropicaux ou les destinations très exotiques que les voyageurs risquent de contracter des maladies, précise la Dre Dominique Tessier. «On peut aller à Paris et avoir de la diarrhée, parce qu’on a pris de l’eau et que notre corps ne tolère pas bien cette eau-là. La diarrhée du voyageur est d’ailleurs la cause principale de consultation des voyageurs à Paris.»

Il est toutefois évident, poursuit-elle, que les maladies contractées par les voyageurs sont plus fréquentes et plus graves dans des pays d’Afrique ou du sous-continent indien, par exemple, si on ne prend pas suffisamment de précautions au niveau alimentaire.

Prévention, prévention, prévention…

«Dans le meilleur des mondes, tous les voyageurs consulteraient au moins six semaines avant de partir, conclut la Dre Tessier. Cela nous permettrait de donner la majorité des vaccins qu’on doit couvrir, avec un intervalle d’un mois entre deux doses, pour bien les protéger. Les gens qui partent à très long terme devraient consulter encore plus à l’avance si c’est possible.»

Avec le recul, Sophie Leduc reconnaît que si elle s’était davantage informée sur les problèmes médicaux qu’elle pouvait rencontrer lors de son voyage au Mexique, elle se serait probablement mieux protégée contre les piqûres d’insectes, à tout le moins en utilisant une moustiquaire. Et même s’il avait quant à lui fait preuve d’une assez grande prudence, François Picard se promet de redoubler de vigilance dans l’application des lotions anti-moustiques lors de ses prochains séjours en Afrique.

Informations supplémentaires

Les voyageurs québécois ne sont pas les seuls à faire preuve de négligence. Chaque année, dans le monde, 10 000 voyageurs vont contracter la malaria, une maladie qui peut être mortelle et contre laquelle on peut facilement se prémunir en prenant un médicament.

L’hépatite A est aussi une maladie très répandue, transmise par l’eau, et il existe pourtant un vaccin pour la contrer.

Les maladies ne voyagent pas seulement dans les pays tropicaux. Une épidémie de rougeole sévit actuellement en France et des voyageurs québécois l’ont rapportée ici.

L’insouciance des voyageurs s’explique par différents facteurs comme la préférence de certains pour les produits naturels ainsi que le prix prohibitif des vaccins, non couverts par la RAMQ.