Une pilule une petite granule

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Du 2 avril au 7 septembre 2015

Dossier de la semaine

La santé des hommes

Émission du 19 octobre 2006

Les hommes s’occupent moins de leur santé que les femmes. Rien de surprenant, direz-vous. Ce qui est surprenant, pour ne pas dire choquant, ce sont les chiffres qui dressent un portrait bien désolant de l’état de santé des hommes. Les hommes meurent beaucoup plus du diabète, du cancer, d’une pneumonie, de maladies cardio-vasculaires. Ils sont 4 fois plus à risque de se suicider et 2 fois plus à risque de mourir dans un accident que les femmes. Une situation alarmante dont voici quelques faits saillants:



  • Les hommes séparés sont plus à risque en matière de consommation d’alcool, de drogues, de jeu compulsif et de malnutrition.
  • Les hommes sont 2 fois plus aptes à s’engager dans des relations sexuelles à risque que les femmes.
  • Les hommes meurent davantage des accidents de la route, de travail ou de sport.

Au Québec, les hommes utilisent deux fois moins les services de santé que les femmes. Toutefois, ce ne serait pas parce qu’ils sont moins malades ou souffrent moins que les femmes. Selon le sociologue Germain Dulac, spécialiste de la condition masculine, ce serait en partie causé par la manière dont on les éduque, dont on les socialise. Ils seraient habitués à endurer «La prévention ne fait pas partie de la culture des hommes, de sorte qu’ils consultent en dernier ressort seulement.», explique monsieur Dulac. Pourtant, ils auraient toutes les raisons de le faire… Au Canada, les hommes arrivent en tête de liste pour 14 des 15 principales causes de décès. 

La santé des hommes, en chiffres

L'espérance de vie des hommes est de 7 ans de moins que celle des femmes

Ils sont 78 pour cent plus susceptibles de mourir d'une maladie cardio-vasculaire que les femmes

Ils sont 64 pour cent plus susceptibles de mourir d’une pneumonie que les femmes

Ils sont 39 pour cent plus susceptibles de mourir du diabète que les femmes

Ils sont 29 pour cent plus susceptibles de souffrir d’un cancer que les femmes et le risque de mortalité dans ce cas est 52 fois plus élevé

Une statistique terrible nous interpelle : au Québec, 80 % des suicides enregistrés en 1997 avaient été commis par des hommes. «Le suicide représente une cause importante de mortalité chez les hommes de 15 à 39 ans avec près de quatre décès sur dix. Chez les 20-24 ans, le nombre de suicides des hommes excède celui des femmes de 86 %», révèle Sylvie Gamache, conseillère  au Service d'orientation et de counseling de l'Université Laval.
Ces chiffres en disent long sur la vulnérabilité de la gent masculine. Et les hommes continuent de percevoir le fait de demander de l’aide comme une faiblesse!

Mais pourquoi est-ce qu’ils agissent comme ça?

Manque de temps, manque d’intérêt : tant que tout fonctionne, on ne s’en préoccupe pas. Selon Germain Dulac, l’homme néglige sa santé tout simplement parce qu’il n’a pas les qualités requises pour se soigner. Ce que l’homme a, ce sont des attitudes qui ne le servent pas nécessairement bien en matière de santé : Un homme, ça doit être fort, invulnérable, autonome. Il a un seuil de tolérance trop élevé et mal placé, il a une trop grande confiance en lui, et se croit meilleur qu’il est vraiment. Pour avoir une approche préventive, il faut être attentif à soi, ce que l’homme n’est pas.

Pour beaucoup trop d’hommes, il faut un choc important, un événement majeur pour qu’ils se prennent en main et s’occupent de leur santé.

C’est le cas de notre témoin de cette semaine, Robert Laurin, un ancien policier à la retraite.

En 1996, il est terrassé par une double crise cardiaque à l’âge de 61 ans. À la retraite depuis 4 ans lorsqu’il tombe malade, il nous affirme que sa crise cardiaque, il la doit à une vie passée à mal manger et à fumer. Robert Laurin a été policier pendant presque 30 ans. Trente ans passés sur la route, à manger sur le pouce, à coups de 3 «Big Mac» à la fois. Malgré le fait d’être policier, il n’aime vraiment pas s’entraîner, faire de l’exercice. Il fume. Il va chez le médecin le moins possible. Au besoin seulement, dans le cas d’une grosse grippe, par exemple. Il ne fait pas de visite annuelle.

Aujourd’hui, il fait plus attention à son alimentation. Il se force à faire de l’exercice. Ses suivis médicaux confirment qu’il va mieux. «Faut faire attention pour se préserver, on est fragile, on voit bien qu’on est vulnérable» nous confie-t-il. Robert Laurin ne veut pas passer à côté de sa deuxième chance.

Robert Laurin est le stéréotype de l’homme qui négligeait sa santé. Et ce stéréotype a la vie dure.

4 hommes, 4 groupes d’âges, 4 visions différentes

Notre table ronde: 

Félix,22 ans

La santé, pour Félix, c’est l’équilibre entre la vie sociale, la vie physique active et l’alimentation. Il précise : «Mon guide alimentaire, c’est ma mère». 

Yohan, 32 ans

«La santé, c’est accepter de se materner» Pour lui, la santé c’est une prise de conscience, d’être en paix avec soi-même. D’après lui, les hommes n’ont tout simplement pas la capacité de s’imaginer malade.

Michel, 45 ans

Il évoque son père, qui ne s’occupait pas de sa santé : «Il n’avait pas besoin. Ma mère était là pour le faire»

Avec le recul, il aurait souhaité mieux prendre soin de sa santé. Mieux manger. Faire de l’exercice. Il se dit très affecté par les ravages du cancer, qu’il voit chez les hommes de son âge, dans son entourage.

Jean-Pierre, 52 ans

«Un homme, c’est invincible!» lance-t-il, avec une pointe d’ironie. «Tant que je n’aurai pas une flèche dans le corps… je n’irai pas chez le médecin.» Sa santé, il n’y fait pas attention. Ça va bien. Pourtant il nous avoue qu’aujourd’hui, il prend conscience de sa fragilité.

C’est certain qu’avec l’âge on envisage plus facilement ce qu’à 20 ans n’est tout simplement pas imaginable : la maladie, l’incapacité, la mort. Mais de là à poser des gestes pour prévenir, on est encore loin. On perçoit quand même chez certains, une réflexion, peut-être nourrie par les efforts faits, depuis quelques années pour promouvoir la santé.

Le point de vue de nos experts

Tous s’entendent pour dire qu’avec plus de prévention, on pourrait grandement améliorer le bilan de santé des hommes. D’après Germain Dulac, il faut viser un changement fondamental – faire prendre conscience aux hommes de prendre soin de leur santé physique et mentale. Par l’éducation, les campagnes de publicité, de sensibilisation. Pourtant, les hommes que nous avons interrogés sont unanimes, ils ne se sentent tout simplement pas concernés par ces messages. Les responsables de ces campagnes ont donc un sérieux défi à relever.

Richard Leclerc est un créateur publicitaire, expert en marketing social. Il nous confirme que les hommes sont moins touchés par la publicité. Avec l’avènement des campagnes qui touchent l’apparence des hommes, il perçoit une prise de conscience de l’homme de son corps. Un intérêt pour sa santé physique et mentale pourrait-elle suivre?

Pour qu’on amène les hommes à mieux prendre soin d’eux, il faut d’abord que les hommes trouvent du temps pour réfléchir à leur santé, nous dit Germain Dulac. Ils doivent davantage rechercher une qualité de vie. Changer les attitudes. Développer le sens des responsabilités et pallier leur manque de discipline par rapport à leur santé. Il voit un début de changement chez les hommes plus jeunes qui peut donner espoir.

Mais, le temps presse, nous prévient M. Dulac. Avec le vieillissement de la population et la pression sur les services de santé, il évoque même le jour où nous pourrions en venir à devoir payer plus ou de se voir refuser certains soins. «Nous vivons dans une société de responsabilisation», précise-t-il. Verrons-nous vraiment le jour ou nous serons appelés à être responsables de nos problèmes à cause de nos comportements à risque? Faut-il vraiment en arriver là? Autant de raisons pour répondre au besoin urgent de prévention et de sensibilisation en santé, en commençant par les hommes.

Nos experts:

Germain Dulac est chercheur en sociologie et auteur. Il est expert en condition masculine et en santé des hommes

Richard Leclerc est créateur publicitaire et PDG de Commando Création. Il est expert en marketing social et en causes humanitaires

 Ressources:

Rubrique d'information 'Spécialement pour vous' de Santé Canada concernant la santé des hommes

http://www.hc-sc.gc.ca/jfy-spv/men-hommes_f.html