Une pilule une petite granule

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Du 2 avril au 7 septembre 2015

Histoire de cas

Jocelyne Filiatrault : «Ma belle-mère de 87 ans n'a pas de médecin de famille.»

Émission du 9 février 2012

Jocelyne Filiatrault, une infirmière la retraite, est absolument consternée par ce qui arrive à sa belle-mère de 87 ans qui cherche depuis des mois un médecin qui pourrait renouveler sa prescription de médicaments. Elle nous a écrit en novembre dernier pour dénoncer ce qu’elle considère – et ce que nous considérons aussi – être une aberration du système de santé québécois.

Changement de vocation à la clinique médicale

Automne 2010 : Rachel Cossette-Yergeau, 87 ans, apprend que la clinique médicale qu’elle a l’habitude de consulter occasionnellement a changé de politique pour ne recevoir que des urgences. Inquiète de savoir qui la prendra en charge pour son suivi médical, elle est référée au CSSS Champlain, à St-Hubert, qui dispose d’un volet pour les personnes vulnérables en attente d’un médecin de famille.

Mauvaise surprise : Mme Cosette-Yergeau ne peut faire autrement que s’inscrire sur la liste d’attente, longue d’environ trois ans, puisqu’elle n’est pas atteinte d’un problème de santé majeur. Effectivement, mis à part une tension artérielle légèrement élevée et un peu de difficultés à se déplacer, elle demeure parfaitement autonome et continue à vivre seule en appartement malgré son âge vénérable.

Des portes fermées

En dépit de sa bonne santé, Mme Cossette-Yergeau a toutefois besoin de consulter un médecin, ne serait-ce que pour le renouvellement de sa prescription pour les deux médicaments qui lui permettent de contrôler sa tension artérielle. Mais en dépit des efforts de sa belle-fille, Jocelyne Filiatrault, elle se bute au refus du CSSS de renouveler sa prescription.

À l’été 2011, après de vaines tentatives au CSSS et auprès de dizaines de cliniques médicales Mme Cossette-Yergeau et Mme Filiatrault se voient forcées de se rendre dans une clinique médicale d’urgence sans rendez-vous pour le renouvellement de la prescription de Mme Cossette-Yergeau. Après quatre heures et demie d’attente, elles réussissent à obtenir le renouvellement de ladite prescription, mais pour une période d’à peine trois mois. Le médecin de service refuse de lui renouveler sa prescription pour une plus longue période, sous prétexte qu’il ne la connaît pas, qu’il n’a ni son dossier et ni de résultats d’analyse sanguine.

Une situation qui révolte Mme Filiatrault : «Les médecins refusent aussi de prescrire des analyses sanguines, parce que s’ils le font, ils vont recevoir le résultat et deviennent un peu comme le médecin traitant. Et ils ne veulent pas faire ça. Si, pendant trois sans, on va dans des cliniques médicales d’urgence aux trois mois, personne ne va lui prescrire d’analyse sanguine et elle n’aura aucun suivi à propos de ces médicaments-là.»

«Je trouve ça inadmissible, dénonce-t-elle. Ça n’a aucun bon sens de traiter des personnes âgées de cette façon-là.»

En désespoir de cause, Mme Filiatrault a tenté de se diriger vers des cliniques privées, mais le coût exigé est beaucoup trop élevé pour les moyens de Mme Cossette-Yergeau.

À l’automne 2011, le ministre de la Santé du Québec a annoncé que les pharmaciens seraient bientôt en mesure de signer eux-mêmes le renouvellement de certaines prescriptions. Une avenue intéressante, certes, mais qui ne réglera pas le problème de Mme Cossette-Yergeau, puisqu’elle ne dispose plus d’une prescription médicale satisfaisante.

Excédée et indignée par cette situation, Mme Filiatrault a pris la décision d’écrire au CSSS Champlain pour se plaindre et dénoncer cette situation. Une démarche qui s’est avérée aussi vaine que les précédentes.

«Dans un mois, la prescription va être à nouveau terminée, explique-t-elle, et nous allons devoir retourner dans une clinique médicale d’urgence, attendre 4-5 heures pour avoir une autre prescription de trois mois. On espère que le CSSS va réviser ses positions et avancer dans sa liste pour qu’on ait éventuellement accès à un médecin.»

Infirmière de profession, Mme Filiatrault a travaillé longtemps dans le système de santé et, comme de nombreuses personnes, elle n’a pu que constater la dégradation de l’accès aux soins. Même si elle est bien consciente que c’est une situation très difficile à changer, elle se dit tout de même bien inquiète du traitement qu’on réserve aux personnes âgées.

Un problème inquiétant

Malheureusement, il semble que le cas de Mme Cossette-Yergeau ne soit pas exceptionnel. Au ministère de la Santé, on nous apprend que 10 % des personnes âgées de 70 et plus seraient à la recherche d’un médecin. Des intervenants sur le terrain soutiennent même que cette statistique sous-estime la réalité. On peut donc en déduire que de nombreux aînés se retrouvent aujourd’hui dans une situation semblable.

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