Une pilule une petite granule

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60 minutes

Du 2 avril au 7 septembre 2015

Le portrait

Portrait de Dr Ronald Denis, traumatologue et chirurgien

Émission du 19 octobre 2006

«Vous vous faites poignarder, vous vous faites tirer par un de vos amis, une chute d’une toiture… il n’y a rien qu’on voit pas. Nommez-le, on l’a vu..» Dr Ronald Denis peut nous parler longuement de ce qu’il a vu : il est directeur du programme de traumatologie et chef du Département de chirurgie de l’Hôpital Sacré-Cœur de Montréal. Il précise : «La traumatologie, ce sont toutes les maladies dites non naturelles : accidents de voiture, accidents de toute sorte… tous types d’accidents, c’est ce qu’on appelle traumatisme et ça fait partie de la traumatologie.»

Ronald Denis a toujours su qu’il voulait être médecin. Petit, il observait les allées et venues des gens de la clinique en face de chez lui, dans le quartier Villeray de Montréal. Et ça le fascinait. Il n’a jamais voulu faire autre chose.

C’est à l'Hôpital du Sacré-Coeur à Montréal qu’est né le premier centre de traumatologie, il y a 30 ans. Et des milliers de vies ont été sauvées grâce à cette nouvelle expertise. Le Québec compte maintenant quatre centres de la sorte. Il y en a un à l'hôpital du Sacré-Coeur et à l'Hôpital général juif à Montréal, également à l'Hôpital Charles-Lemoyne de Longueuil et à l'Hôpital de l'Enfant-Jésus à Québec.

Depuis La création du réseau de traumatologie, les décès chez les traumatisés sévères sont passés de 52 % à 9 %. Selon le Dr Denis, «Avant ça, il y a 30 ans, il fallait beaucoup trop de temps pour arriver à traiter les victimes de trauma. La clé, en traumatologie, c’est le temps. Le bon patient, au bon endroit, au bon moment». Car la vie du patient se joue dans la première heure, ce que les Américains ont baptisé le 'Golden Hour'. : l’heure dorée. 

En traumatologie, il y a beaucoup d’action et il faut prendre des décisions rapidement, nous dit-il. C’est d’ailleurs ce qui l’a attiré. Pendant ses études en médecine à l’Université de Montréal, il a été résident en chirurgie à l’Hôpital du Sacré Cœur. C’était, à l’époque, la seule unité de traumatologie au Québec.

Mais La traumatologie est une spécialité éprouvante. On y voit le pire. Le Dr Denis, nous parle d’un patient : un homme de 50 ans, un cycliste devenu paraplégique après un accident, puis quadraplégique à la suite d’une infection. Cet homme n’acceptait tout simplement pas qu’on le mette sous respirateur, sans lequel il ne pouvait survivre. Face à ce refus, après les consultations nécessaires dans de tels cas, les médecins l’ont débranché du respirateur. Selon les volontés du patient. « Quand tu vois la famille alentour, que tu expliques à la personne la conséquence du geste et que tu vois un demi-sourire et une larme au coin de l’œil du patient… c’est déchirant» de dire Dr Denis.

Évidemment, la prévention, on n’en fait pas assez au Québec, selon le Dr Denis. Il prend souvent la parole publiquement pour le port du casque à vélo. Il sait d’ailleurs pertinemment que ses 2 filles de 13 et 15 ans ne portent pas leur casque quand il n’est pas là…

La traumatologie, parfois trop lourd

«Ça prend autre chose. Tu ne peux pas faire juste ça. Parce que ça peut devenir très lourd», nous confie le Dr Denis. Lui, pour changer, ce qu’il aime faire, c’est la chirurgie bariatrique au secours des obèses morbides. C’est une procédure qui vise, entre autres, à réduire la capacité de leur estomac.

Pourquoi la chirurgie bariatrique? «Parce que ce sont des gens qui aiment la vie! Ce sont des jouisseurs. S’ils sont gros, c’est parce qu’ils aiment manger, et ils sont de bons vivants.» Une clientèle agréable, précise Dr Denis. «Les pronostics sont bons, on leur annonce des bonnes nouvelles. C’est beaucoup plus léger comme pratique!» Avec les nouvelles méthodes de chirurgie, la laparoscopie avancée, c’est aussi beaucoup moins invasif. Le Dr  Denis travaille avec un outil assez impressionnant, un robot, le robot Da Vinci.  Développé au cours des années 90, ce robot est en fait un télémanipulateur contrôlé à distance. Le chirurgien s'installe à une console, loin du scalpel, et il manipule, à distance, à la fois la caméra et les deux bras. «C'est exactement comme un poignet, avec tous les mouvements que vous pouvez faire en chirurgie ouverte», démontre Dr  Ronald Denis.

Il pense que la chirurgie bariatrique est nécessaire dans le cas des obèses morbides : ça leur prend absolument un coup de main, et ça marche! «Quand quelqu’un a 200 livres à perdre au minimum, il ne peut pas faire ça dans un laps de temps très court, et la chirurgie, ça lui sauve la vie.»

Le Dr  Denis se trouve absolument privilégié de faire ce qu’il aime dans la vie,
malgré les choses difficiles qu’il voit au quotidien. Il n’a jamais réussi à se détacher, à garder ses distances. Et il ne le souhaite pas. «C’est ce qui vous rend plus compréhensif.» Ce qui le satisfait le plus dans son métier? Quand il sent qu’il a tout fait en son pouvoir pour le patient, même si les résultats ne sont pas à la hauteur des attentes. «Quand on réussit, c’est très gratifiant.»

Chaque année, le Dr Denis et son équipe participent au Grand Prix de Formule 1 à Montréal. Tout le personnel médical qui travaille au Grand Prix le fait bénévolement 12 heures par jour, pendant les 3 jours que dure l’événement. L’Hôpital du Sacré-Coeur a d’ailleurs déjà reçu le prix de la meilleure équipe médicale d’urgence au sein des circuits de Formule 1.