Une pilule une petite granule

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Du 2 avril au 7 septembre 2015

Le portrait

Sylvie Lafrenaye : des soins intensifs à l'étude du religieux contemporain

Émission du 2 février 2012

Ce n’est pas tous les jours qu’un médecin décide d’interrompre sa pratique pour compléter un doctorat en études du religieux contemporain. C’est pourtant le choix qu’a fait la Dre Sylvie Lafrenaye, qui avait besoin de réfléchir à la souffrance humaine après avoir été pendant vingt ans au chevet d’enfants très malades, souvent atteints de maladies incurables.

Les soins intensifs pédiatriques

Jeunes victimes d’accidents de la route ou de noyades, enfants malades maintenus en vie artificiellement, décès de petits patients encore trop jeunes pour mourir : la pratique des soins intensifs pédiatriques est très exigeante pour les médecins. Vingt ans après s’être engagée dans cette voie, la Dre Lafrenaye a ressenti le besoin de prendre une pause pour réfléchir et voir les choses autrement.

«Il n’y a pas beaucoup de personnes qui ont vu mourir 200 enfants, souligne-t-elle. J’ai annoncé beaucoup de mauvaises nouvelles. J’ai annoncé à des parents que leur enfant ne survivrait pas et j’ai demandé à d’autres s’ils voulaient qu’on prenne les organes de leur enfant pour les transplanter… J’ai aussi souvent demandé à des parents s’ils voulaient que leur enfant survive, mais avec des séquelles importantes.»

Depuis le début de sa carrière, la Dre Lafrenaye s’est toujours intéressée de près à la douleur et à la souffrance des enfants. Et elle s’est toujours étonnée que la communauté médicale ne s’en préoccupe pas davantage : «Je voulais comprendre pourquoi les soignants, principalement les médecins, tardent encore à considérer la douleur comme étant quelque chose d’aussi important à traiter que l’hypertension ou l’hyperglycémie. Pourquoi on ne s’intéresse qu’au corps et non pas à la personne dont le corps est malade?»

Retour aux études

Pour approfondir cette réflexion, Sylvie Lafrenaye a choisi de retourner sur les bancs d’école. Déjà professeure à la Faculté de médecine de l’Université de Sherbrooke, elle souhaitait explorer un tout nouveau champ d’études. Après avoir jonglé avec différentes orientations, comme l’anthropologie, la sociologie et la philosophie, son choix s’est arrêté sur un programme de l’Université de Sherbrooke pour le moins surprenant : étude du religieux contemporain.

Précisant d’emblée qu’elle s’intéresse davantage au spirituel qu’au religieux, la Dre Lafrenaye a choisi cette voie afin de réfléchir sur la douleur, mais en partant du point de vue du patient lui-même. Elle se questionne notamment sur les raisons pour lesquelles les médecins d’aujourd’hui priorisent le diagnostic et la cure au détriment du bien-être et du soulagement de la douleur du patient. «S’intéresser à la douleur, c’est s’intéresser à la personne qui a mal, souligne-t-elle, et non pas juste à sa maladie.»

Aujourd’hui inscrite au doctorat, Sylvie Lafrenaye a choisi de consacrer sa thèse à la souffrance des parents d’enfants malades. Loin d’être une fin en soi, la réalisation de cette thèse et l’obtention du doctorat ne sont pour elle qu’un début, car elle envisage déjà de poursuivre ses recherches à la Faculté de médecine et des sciences de la santé de l’Université de Sherbrooke.