Une pilule une petite granule

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Du 2 avril au 7 septembre 2015

La question du public

Les médicaments sont-ils encore conçus à partir de plantes ?

Émission du 16 février 2012

«Les médicaments sont-ils toujours conçus à partir de plantes?»

Expert invité : Jean-Louis Brazier, Professeur émérite en pharmacologie

Des plantes médicinales depuis la nuit des temps

Ce n’est pas d’hier que les humains ont recours aux vertus médicinales des plantes : «L’humanité a commencé à se soigner avec des plantes, rappelle Jean-Louis Brazier. Quand on était australopithèque, ou pithécanthrope, il n’y avait pas de pharmacie. On était malade et on se soignait en prenant des plantes. Et ça marchait ou ça ne marchait pas. Et tout ça s’est transmis très longtemps, jusqu’au 19e siècle où, pour la première fois, on a isolé un principe actif d’une plante.»

C’est l’Allemand Friedrich Wilhelm Sertürner qui a réalisé cette percée historique lorsqu’il a isolé la vertu dormitive de l’opium, à partir du pavot, ce qui a donné la morphine. «Ça a donc été le premier principe actif d’une plante qui est devenu un médicament, précise Jean-Louis Brazier. Donc du début de l’humanité jusqu’au milieu du 19e siècle, on a utilisé spécifiquement les plantes pour se soigner.»

Les plantes regorgent de molécules, car en raison de leur immobilité, elles doivent constamment faire appel à la chimie pour toute une gamme d’activités essentielles, comme éloigner les prédateurs et tuer les pucerons. C’est également par leurs armes chimiques qu’elles se défendent contre les bactéries, les virus et les champignons, ou qu’elles attirent les insectes pollinisateurs pour leur reproduction. «La chimie des plantes est très riche, souligne Jean-Louis Brazier, alors c’est certain qu’à partir de cette richesse de molécules actives, il était logique d’aller piocher là-dedans pour extraire des molécules qui puissent servir à la médecine humaine.»

C’est ainsi qu’est née la science de la pharmacologie, poursuit M. Brazier, cette science qui permet d’étudier chaque plante et d’identifier les propriétés des molécules qu’elle contient (anti-inflammatoires, antivirales, anticancéreuses, etc.) À partir de ces informations, les chercheurs peuvent ensuite décider s’il vaut mieux utiliser la plante telle qu’elle, comme dans le cas de la morphine, ou d’en faire des copies pour en améliorer l’efficacité.

Aujourd’hui, 25 % des médicaments sont conçus à partir de molécules provenant de plantes. En voici quelques exemples :

– l’atropine, qui vient de la belladone, est utilisée en ophtalmologie.
– la scopolamine, provenant du datura cornucopia, peut être utilisée contre les maux de cœur.
– de nombreux anticancéreux, comme le Taxol, proviennent directement des plantes.

Produits naturels vs médicaments

Même si de très nombreux médicaments sont conçus à partir de molécules provenant de plantes, il existe une grande différence entre ceux-ci et les produits naturels. Ces derniers utilisent généralement la plante en entier, mais celle-ci contient des centaines ou des milliers de molécules.

«Le gros problème avec ces molécules naturelles ou les plantes elles-mêmes, explique Jean-Louis Brazier, c’est que ces molécules sont en quantité variable d’une plante à l’autre, d’une saison à l’autre, etc. et que c’est très difficile à contrôler pour une utilisation à long terme. À l’opposé, dans une molécule synthétique, on extrait une molécule qu’on connaît bien et on essaie de l’utiliser correctement. La différence essentielle entre les produits naturels et les médicaments réside donc dans le mode d’utilisation.»

Molécules synthétiques

En parallèle des molécules naturelles qu’on retrouve dans les plantes, il existe également des molécules synthétiques. Ce sont des médicaments faits avec des molécules qui n’existent pas du tout dans la nature. Certains antalgiques utilisés contre la douleur font partie de cette catégorie : ils reproduisent certains effets thérapeutiques de la morphine sans entraîner les mêmes effets secondaires.

Une biodiversité à protéger

Rappelant qu’il existe encore probablement des milliers de plantes dont on ignore encore les vertus thérapeutiques, Jean-Louis Brazier conclut que nous avons tout intérêt à protéger ces ressources. Souvent menacées par l’exploitation des forêts et des milieux naturels, ces plantes ne pourront plus nous être utiles lorsqu’elles auront complètement disparu. La vigilance s’impose donc pour éviter la destruction totale de ces écosystèmes riches en éventuelles ressources pharmaceutiques.