Une pilule une petite granule

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Du 2 avril au 7 septembre 2015

La question du public

Doit-on permettre la publicité des médicaments ?

Émission du 8 mars 2012

«Doit-on permettre la publicité des médicaments?»

Expert invité : Dr Fernand Turcotte, Professeur émérite de médecine préventive et santé publique, Faculté de Médecine, Université Laval

Publicité interdite

La publicité directe sur les médicaments d’ordonnance est interdite au Canada depuis plus de 50 ans, comme elle l’est dans pratiquement tous les pays du monde, à l’exception de deux pays : les États-Unis et la Nouvelle-Zélande.

Mais puisque les Canadiens sont très exposés aux médias américains, et donc aux publicités américaines, certains soutiennent que le temps est venu pour que le Canada modernise sa législation en la matière, afin d’autoriser la publicité des médicaments d’ordonnance. Pour le Dr Fernand Turcotte, il est clair qu’il s’agirait d’une très mauvaise décision, nuisible à la santé publique, car il s’agit, soutient-il «d’une incitation à consommer des produits toxiques, une incitation non justifiée et dangereuse pour la santé moyenne de la population.»

Deux brèches importantes

Depuis quelques années, deux brèches légales ont permis à certaines compagnies pharmaceutiques de faire une certaine forme de publicité sur des médicaments d’ordonnance :

– les publicités de rappel : il est désormais possible de publiciser une marque de commerce dans les médias de communication de masse sans pour autant donner d’autres informations. C’est ce qui a donné naissance aux publicités sur le Viagra et le Cialis.

– les publicités de sensibilisation à de nouvelles maladies.

Mises en garde

Le Dr Fernand Turcotte est tout à fait opposé à la publicité sur les médicaments d’ordonnance : «La publicité directe incite les gens à s’autodiagnostiquer, et ensuite à se rendre chez leur médecin pour le convaincre de se faire prescrire le médicament vu à la télévision. Et de fait, ça marche puisque la majorité des médecins reconnaissent qu’ils sont sensibles aux pressions qui leur sont manifestées par leur clientèle pour les médicaments.» Une étude américaine réalisée sur un groupe de patients a d’ailleurs démontré que 84 % d’entre eux ont réussi à se faire prescrire un médicament après avoir vu une publicité.

«La publicité pour les médicaments d’ordonnance est essentiellement une activité qui vise à promouvoir la consommation de ces produits, poursuit le Dr Turcotte, ce qui est parfaitement contre nature puisque dans les faits, leur consommation n’est justifiée que dans des circonstances et des périodes de temps très précisément définies. C’est donc contradictoire avec l’objectif habituel d’une activité publicitaire.»

Les médicaments en vente libre

Dans ce débat, il ne faut pas confondre les médicaments d’ordonnance, visés par la loi, et les médicaments en vente libre. «Les médicaments en vente libre sont conçus pour résoudre des souffrances que les gens sont capables de reconnaître par eux-mêmes sans avoir besoin de recourir au soutien professionnel des médecins, explique le Dr Turcotte. Ce sont des produits qui sont disponibles depuis assez longtemps pour qu’on en connaisse très bien la toxicité et qu’on soit en mesure de bien doser leur distribution de manière à ce que les risques de toxicité soient, à toutes fins pratiques, minuscules et parfaitement compréhensibles par les consommateurs.»

«L’interdiction de publicité sur les médicaments d’ordonnance est une mesure critique de protection de la santé publique, conclut le Dr Turcotte, et non seulement ne faut-il pas s’en départir, mais encore faudrait-il immédiatement cesser les deux échappatoires qui font qu’en dépit de l’interdiction qui pèse au Canada sur cette forme de publicité là, il s’en fait quand même par les publicités de rappel et les publicités soi-disant d’informations sur les maladies.»