Une pilule une petite granule

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Du 2 avril au 7 septembre 2015

Dossier de la semaine

Quand vient le temps de placer un parent âgé : ce qu’il faut savoir

Émission du 26 octobre 2006

‘Placer ses parents’ - une expression pénible - une expression qui en dit long et qui est chargée d’émotions. Parce que placer ses parents, cela signifie qu’ils vont quitter la maison familiale et être confiés à des inconnus. Avec les CHSLD (centre hospitalier de soins de longue durée) qui défrayent la manchette avec des histoires de mauvais traitements, ce n’est guère rassurant pour les familles.

Entre le début de la perte d’autonomie et le moment où il faut vraiment songer à un placement, il peut se dérouler quelques années. Des années où les personnes âgées voient leur santé les abandonner lentement, où le soutien familial doit s’accentuer et où on doit aussi souvent avoir recours à des ressources extérieures, comme le CLSC ou des organismes bénévoles. 

C’est une période de questionnement pour la famille, qui doit évaluer à quel moment la situation devient trop lourde et que le placement est devenu nécessaire. Une décision qui n’est pas facile à prendre. Comment savoir que c’est le bon moment? Comment s’y préparer et préparer ses parents? Nous avons rencontré deux familles, qui nous parlent de leur expérience.

Sylvie Robitaille et sa mère

 «Il n’y a pas d’enfant qui veut vivre ça, c’est pathétique, c’est dramatique, c’est déchirant», nous dit Sylvie Robitaille, les larmes aux yeux. Elle a du «placer» sa mère en février 2005, avec à peine 2 jours d’avis. Elle était en contact avec le CLSC depuis un an quand elle a reçu un appel l’informant qu’une place se libérait en centre d’hébergement et de soins de longue durée… «J’ai essayé de faire les choses de façon discrète… pour ne pas être confrontée à ses questions, à ses réflexions, à sa hargne…» Mme Robitaille était à bout de souffle. Fille unique, elle vivait avec sa mère depuis la mort de son père en 1998. Sa mère, chez qui la maladie d’Alzheimer avait été diagnostiquée en 2001 et dont l’état s’est détérioré après l’été 2004, était rendue à recevoir 29 heures de services à domicile par semaine en février 2005, une exception en soi, ce qui la plaçait sur la liste des priorités des CHSLD. Le placement a été un grand choc tant pour elle que pour sa mère. Mais une fois sur place, elle a su tout de suite que c’était la bonne décision. Pour elle, et pour sa mère. Maintenant, Mme Robitaille sait que sa mère est bien traitée, qu’elle est en sécurité. Et sa mère s’en porte mieux. Elle ne l’appelle plus chaque jour au travail aux prises avec l’angoisse «… Ça me soulage maintenant de savoir qu’il y a d’autres gens qui s’occupent aussi de maman, qui partagent la tâche avec moi». Mme Robitaille vit des choses qu’elle ne pensait jamais vivre : devenir le parent de son parent. Mme Robitaille nous en parle… «Ma mère pose sa tête sur mon épaule, je la console. Ce sont des gestes d’une mère envers son enfant, mais c’est moi qui les fais - avec ma mère de 88 ans».

Susan Leclair et sa mère

La mère de Suzanne Leclair a 79 ans. Elle est atteinte de la maladie d’Alzheimer, diagnostiquée en 2004. Elle habite toujours dans sa maison à Laval avec deux chiens et un chat dont elle ne veut pas se séparer. Elle ne veut absolument pas quitter sa maison. 

Suzanne Leclair aide sa mère pour qu’elle puisse rester chez elle le plus longtemps possible. Elle reçoit aussi des services. Le CLSC envoie quelqu’un chaque jour pour s’assurer qu’elle mange et prend ses médicaments. La popote roulante lui assure des repas 6 jours par semaine. Mais Suzanne Leclair sait bien qu’un jour malgré tout, elle devra lui faire quitter la maison, ses animaux qu’elle adore. Elle vient de commencer les démarches de placement et en parle à sa mère. «Je veux que ma mère soit au courant de tout ce qu’on fait. Je lui dis. Pas de secrets». Elle implique sa mère, en l’emmenant visiter des résidences. «Quand elle ne veut pas, je lui demande de faire ça pour moi», précise-t-elle. Pourtant, sa mère nous dit qu’elle ne pense pas à quitter la maison. Jamais. Elle a sa vie! Sa liberté, aussi. «Un jour à la fois», nous dit sa mère, «Pour le moment, ça marche pas mal».

Les études le démontrent, la majorité des personnes âgées veulent demeurer chez elles le plus longtemps possible. Toutefois, elles ne veulent pas être un fardeau pour leurs enfants, préférant de loin recevoir des services pour certains de leurs besoins. Mais ces services, dans le système public, se font rares. Il faut savoir que 29 heures de services de la part d’un CLSC, comme dans le cas de Mme Robitaille, ce n’est pas la moyenne, c’est exceptionnel! Quatre à six heures par semaine serait plutôt la norme.

Le vieillissement de la population se fait sentir au Québec depuis trois décennies à cause de l’effet combiné de l’augmentation de l’espérance de vie et de la baisse du taux de natalité. Tandis qu’autrefois, les familles qui prenaient en charge des parents malades ou aux prises avec des incapacités le faisaient pour quelques mois, voire un an dans les cas très rares; aujourd’hui, cette prise en charge peut être beaucoup plus longue. Par exemple, un diagnostic d’Alzheimer peut vouloir dire qu’un parent peut nécessiter de 8 à 10 ans de soins avant d’être rendu à l’étape du placement assuré par le système public. Pendant ce temps, les enfants prennent donc souvent en charge une bonne partie des responsabilités : ils voient à l’hygiène personnelle de leurs parents, aux tâches domestiques, aux rendez-vous médicaux, à l'accompagnement à des activités sociales, etc. Une charge qui ne cesse d’augmenter, jusqu’à en être épuisante.

Docteure Francine Ducharme est chercheuse au Centre de recherche de l'Institut universitaire de gériatrie de Montréal. Elle nous explique :

«Placer les parents n’est pas un choix. Les enfants ne se déchargent pas d’une responsabilité en plaçant leurs parents. Quand ils en arrivent là, ils sont souvent dépassés.» Surtout que le système public des centres d’hébergement et de soins de longue durée n’accueille maintenant que les cas les plus lourds, qui ont de grandes pertes d’autonomie.

S’occuper d’un parent atteint de la maladie d’Alzheimer, par exemple, peut vouloir dire qu’il aura besoin de plusieurs années de soins avant d’être rendu à l’étape du placement. Face à cette situation, il se développe au Québec un système à deux vitesses, nous dit Jean-Pierre Lavoie, chercheur au Centre de recherche et d'expertise en gérontologie du Québec. «Le système public est sous-financé et à bout de souffle, et le système privé se développe à la vitesse grand V». Mais les résidences privées ne sont pas accessibles à tous, encore faut-il en avoir les moyens. «Le temps presse, car bientôt un quart de la population du Québec sera composé de personnes âgées», nous prévient-il. Et il y a beaucoup à faire, notamment développer un réseau d’hébergement public qui pourra faire le pont entre la maison et le CHSLD. Pour être un milieu de vie, plutôt qu’une institution, pour des gens qui pourront y vivre pendant de nombreuses années.

Des conseils :

Le plus important, face à un parent en perte d’autonomie est de tâcher de prévoir pour éviter d’avoir à prendre des décisions dans des situations d’urgence.
Comment faire?



  • Commencer à en parler avec ses parents avant même que l’état de santé ou l’autonomie ne se détériore pour connaître leurs préférences.

  • Se faire connaître par son CLSC parce qu’un jour on pourra être sur la liste d’attente – déjà se familiariser avec les services offerts. Évaluer aussi les moyens dont la famille dispose si on veut recourir à des services privés. Se renseigner sur d’autres ressources : popotes roulantes, groupes communautaires.

  • Pour l’hébergement, la situation est simple : dans le réseau public, les centres de soins prolongés ou CHSLD n’accueillent que des cas lourds. La décision de placement appartient au CLSC et aux professionnels du réseau de santé.

  • Les résidences privées sont un marché en pleine expansion, mais ne sont pas à la portée de toutes les bourses! Dépendant du type de services, il peut en coûter entre 2 200 et 3 500 $ par mois avec des soins, pour une place, sans compter les services facturés ou les repas, par exemple.

Pour les familles qui ont à s’occuper de parents âgés, il y a pourtant moyen de bien traverser cette étape de vie. D’abord, accepter qu’on n’est pas responsable de l’état de santé de nos parents.  Il faut accepter leurs limites et accepter aussi que ces limites iront en grandissant et que leur état ne s’améliorera pas. Au-delà de la culpabilité, il faut avant tout réaliser ses propres limites. Et trouver le soutien pour vivre une relation avec son parent, où il reste du temps et de l’énergie pour profiter ensemble du temps qu’il reste.

Nos experts:

Docteure Francine Ducharme est chercheuse au Centre de recherche de l'Institut universitaire de gériatrie de Montréal.

Jean-Pierre Lavoie est chercheur au Centre de recherche et d'expertise en gérontologie sociale.

Ressources :
      Institut universitaire de gériatrie de Montréal 
      www.iugm.qc.ca/
             
      Fédération de l'âge d'or du Québec 
      www.fadoq-quebec.qc.ca/
 
      Le ministère de la Santé et des Services sociaux
      www.msss.gouv.qc.ca/sujets/groupes/personnes_agees.php