Une pilule une petite granule

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Du 2 avril au 7 septembre 2015

La question du public

La détresse des hommes est-elle plus difficile à détecter ?

Émission du 1er mars 2012

«Les hommes au Québec sont-ils en détresse?»

Expert invité : Gilles Tremblay, Professeur titulaire, École de service social, Université Laval

Un diagnostic plus difficile chez les hommes

Oui, la détresse est présente chez les hommes, mais malheureusement, elle passe plus souvent inaperçue que chez les femmes. «Il semble qu’on a une certaine difficulté à dépister la dépression chez les hommes, explique Gilles Tremblay. Pourquoi? Parce qu’un certain nombre de critères utilisés pour diagnostiquer la dépression sont des critères dits “genrés”, c’est-à-dire qu’ils s’appliquent peut-être un peu plus aux femmes qu’aux hommes.»

À titre d’exemple, Gilles Tremblay cite les trois critères suivants :

– les pleurs : puisque les hommes «traditionnels» sont nombreux à ne pas pleurer, ce critère ne peut pas être utilisé efficacement pour dépister la détresse et la dépression chez ceux-ci.

– perte d’intérêt dans les activités courantes : alors qu’il s’agit d’un signe courant de dépression chez les femmes, les hommes adoptent souvent l’attitude contraire et multiplient les activités en période de dépression.

– perte de libido : contrairement aux femmes dépressives, les hommes en dépression vont souvent surinvestir la sexualité, parfois la pornographie.

Les racines de la détresse

80 % des suicides sont commis par des hommes. Comment est-ce possible?

Parmi les nombreux éléments qui peuvent causer la détresse chez les hommes, Gilles Tremblay souligne que les séparations conjugales sont souvent plus difficiles à vivre pour les hommes que pour les femmes. «La séparation est un phénomène très important, explique Gilles Tremblay. Ça crée une espèce de vide, de période extrêmement noire pour un bon nombre d’hommes, comme s’ils venaient de perdre quelque chose d’essentiel.» Parmi les éléments les plus importants qui frappent beaucoup d’hommes séparés, Gilles Tremblay cite la perte du quotidien avec les enfants ainsi que de la résidence sur laquelle ils ont souvent beaucoup travaillé en termes de construction ou d’entretien.

Lors des séparations amoureuses, les hommes perdent bien souvent non seulement la conjointe, mais également leur unique confidente, contrairement aux femmes qui se confient beaucoup à leurs amies. D’autant plus que les femmes sont souvent celles qui entretiennent le réseau social dans un couple, poursuit Gilles Tremblay : «Quand on se sépare, c’est souvent Madame qui reste en contact avec tous ces liens sociaux, et Monsieur a tendance souvent à se tenir isolé dans son coin, à ne plus reprendre contact et donc à devenir complètement isolé.»

Outre les séparations amoureuses, Gilles Tremblay explique que la perte d’un emploi peut être particulièrement difficile à traverser pour un homme en raison de l’écroulement du rôle de pourvoyeur. «Maintenant, on sait que les femmes sont aussi des pourvoyeuses, nuance-t-il, mais cette image sociale-là de l’homme au travail est une image très forte. La perte d’un travail est aussi une source de détresse très importante.»

Le modèle masculin ébranlé

Gilles Tremblay est d’avis qu’au fil des décennies, avec la montée du féminisme et celle du mouvement gai, les attentes sociales envers les hommes se sont complexifiées : «Depuis 30-40 ans, on a beaucoup critiqué le modèle du macho – et je pense que c’est intéressant de l’avoir critiqué –, mais en même temps, quand on regarde les attentes sociales des hommes et des femmes, c’est souvent de revenir au modèle du macho. C’est assez contradictoire comme situation. On veut un gars assez solide sur qui s’appuyer, qui peut exprimer ses émotions, mais pas trop… Il y a des contradictions dans les attentes sociales envers les hommes.»

Même s’il reste de grands pas à faire dans le dépistage et le traitement de la détresse chez les hommes, il faut également souligner le chemin parcouru. Au tournant du siècle, le Québec avait un taux de suicide parmi les plus élevés au monde. On pense que les campagnes de sensibilisation ciblant particulièrement les hommes ont porté fruit puisque chez eux, le nombre de suicides a diminué de 30 %. Malgré ces importantes avancées, la détresse chez les hommes demeure un sujet très préoccupant.