Une pilule une petite granule

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Du 2 avril au 7 septembre 2015

La question du public

Les jeunes médecins ont-ils perdu la vocation ?

Émission du 29 mars 2012

«Les jeunes médecins travaillent-ils différemment?»

Expert invité : Dr Philippe Karazivan, Médecin de famille et chercheur en pédagogie, Université de Montréal

La vocation médicale en péril?

Ambitieux, individualistes, carriéristes : les jeunes médecins d’aujourd’hui ont le dos large. Quand ils ne sont pas accusés de ne pas s’investir suffisamment dans leur travail pour privilégier leur vie personnelle et familiale, on leur reproche d’opter trop facilement pour une médecine de spécialité. Qu’est-ce qui se passe avec nos jeunes médecins? Auraient-ils perdu la vocation de leurs aînés?

Lui-même médecin de famille, Philippe Karazivan s’est penché sur la question dans son mémoire de maîtrise au Centre de pédagogie appliquée aux sciences de la santé de l’Université de Montréal. «Il faut s’entendre sur ce qu’on entend par “vocation”, répond-il d’entrée de jeu. Ce qui est généralement accepté, c’est l’idée selon laquelle on place l’intérêt du patient avant le nôtre. Je pense que les médecins, traditionnellement, depuis une cinquantaine d’années, on a été très bons pour projeter cette image-là dans la population.»

S’il est vrai que les médecins avaient autrefois l’habitude de travailler un très grand nombre d’heures par semaine à soigner leurs patients, Philippe Karazivan rappelle que la réalité familiale était autrefois bien différente. Avec une épouse à la maison pour s’occuper des enfants, du ménage et des repas, il était bien plus facile de consacrer un très grand nombre d’heures au travail. Les jeunes médecins d’aujourd’hui font face à une autre réalité : le partage des tâches entre conjoints ainsi que les défis de la conciliation travail-famille incitent les jeunes médecins à réduire leur nombre d’heures de travail pour se consacrer davantage à leur famille.

Dans son mémoire de maîtrise, Philippe Karazivan note également que la féminisation de la profession médicale a aussi un impact important sur l’accessibilité aux soins. Les femmes travaillent moins d’heures par semaine, et elles voient moins de patients à l’heure – parce que leurs consultations sont plus longues. Une différence qui n’a pas que des effets négatifs, loin de là.

Les objectifs des jeunes médecins

Mais que veulent les jeunes médecins au juste? «Ils veulent être bons, répond Philippe Karazivan, ils veulent faire une différence, ils veulent être efficaces, ils veulent être valorisés et ils veulent avoir un bon équilibre de vie.»

N’est-ce pas là un signe d’individualisme? Pour Philippe Karazivan, ce n’est pas le cas : «On peut considérer ces valeurs-là comme étant égoïstes. Moi, je trouve qu’elles sont relativement nobles, très nobles même.»

«Est-ce que les jeunes médecins sont prêts à mettre l’intérêt de leurs patients avant le leur? La réponse est non, tranche Philippe Karazivan. Mais j’ai un grand doute sur l’idée que les générations plus âgées le faisaient.»

La question de la spécialisation

Et qu’en est-il du choix de nombreux jeunes médecins d’opter pour une médecine plus spécialisée? Est-ce la raison pour laquelle tant de patients québécois sont dépourvus de médecin de famille? «Je pense qu’on a été très bons dans les dernières années pour isoler cette variante-là, répond Philippe Karazivan. Quelle est la conséquence du choix des jeunes médecins sur le système de santé? Assurément, le problème qu’ont les gens de trouver un médecin de famille est aggravé par le fait que les jeunes médecins choisissent un type de pratique plus spécialisé, mais ce n’est pas en leur mettant ça sur le dos qu’on va répondre au problème. Ils font une très bonne médecine et ils répondent à un besoin aussi.»

Des solutions

Que faire pour concilier les intérêts des médecins avec les besoins des patients? Pour Philippe Karazivan, la réponse est claire : «Les solutions passent certainement par les conditions de travail et la rémunération, soutient-il. Il faut oublier ce rêve selon lequel on va convaincre les jeunes médecins de faire de la continuité de soins uniquement en faisant appel à leur responsabilité sociale. Il faut qu’ils y trouvent leur compte.»

«Plusieurs pistes de solution ont déjà été explorées avec un certain succès, poursuit-il, notamment les fameux GMF – les groupes de médecins de famille, les pratiques collaboratives avec nos infirmières cliniciennes et toute l’équipe. On arrive à avoir une meilleure efficacité et on arrive à faire encore plus pour nos patients. Ça, c’est motivant, ça marche.»

«Je pense qu’il y a moyen de concilier les besoins de la population avec les valeurs de nos jeunes médecins, conclut-il. Il faut s’organiser pour qu’ils puissent se sentir bons, valorisés, bien payés, avoir une belle qualité de vie en continuité de soins. Et je pense que c’est ça le message principal.»