Une pilule une petite granule

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Du 2 avril au 7 septembre 2015

Le portrait

Dre Marie-France Raynault : engagée contre les inégalités sociales

Émission du 29 mars 2012

La docteure Marie-France Raynault a su très jeune qu’elle voulait venir en aide aux plus démunis. Après avoir travaillé sur le terrain au CLSC des Faubourgs dans le quartier Centre-Sud à Montréal, elle s’est orientée en recherche et elle dirige aujourd’hui un centre sur les inégalités sociales en matière de santé, à Montréal. On peut dire d’elle que c’est une femme-médecin engagée et que son travail est complètement en accord avec ses convictions sociales.

La pauvreté à Montréal

Montréal ville prospère ou Montréal ville pauvre? Tout dépend du point de vue où on se place… En 2011, dans le dernier rapport de santé publique sur la pauvreté à Montréal, Marie-France Raynault dresse une série de constats accablants. Parmi ceux-ci, elle démontre que l’écart entre les riches et les pauvres ne cesse de s’accentuer dans la métropole. Alors que la pauvreté diminue dans l’ensemble du Québec, celle-ci se serait par contre concentrée à Montréal.

«Montréal qui était une ville relativement abordable l’est de moins en moins, explique la Dre Raynault. On a des gens qui ont des emplois à temps partiel précaires, qui alternent entre périodes de chômage et d’emploi. On a des immigrants récents qui ont beaucoup de mal à s’intégrer malgré leur formation. On a aussi des gens plus riches et des gens plus pauvres qui n’ont pas les moyens de s’acheter un bungalow en banlieue. On voit ce genre de polarisation et ça, ce n’est pas bon pour une société, pour toutes sortes de raisons.»

L’impact de la pauvreté sur la santé

Loin d’être strictement économique, la pauvreté a des impacts sur toutes les facettes de l’existence, et tout spécialement sur la santé. Et cet impact est mesurable, comme en témoignent les données sur l’espérance de vie : d’un quartier à l’autre, l’espérance de vie des Montréalais peut varier de 10 ans. Dans le quartier Centre-Sud desservi par le CLSC des Faubourgs par exemple, les résidents vivent en moyenne dix années de moins que ceux habitant le territoire du CLSC St-Louis, dans le riche West Island.

Parmi les nombreux problèmes de santé qui affectent les résidents des quartiers pauvres, la Dre Raynault pointe notamment du doigt la question de la sécurité routière. Moins bien balisées ou mal aménagées, les artères de ces quartiers sont parfois très dangereuses pour les piétons. Conséquences : les enfants sont beaucoup plus nombreux à se faire frapper dans ces quartiers que dans les secteurs mieux favorisés.

Dans les quartiers pauvres, les logements insalubres sont aussi légion et nombre d’entre eux présentent des problèmes de moisissures. Il est pourtant clairement établi que les moisissures peuvent contribuer au développement de problèmes respiratoires tels que l’asthme.

Parmi les différentes clientèles très défavorisées avec lesquelles elle a travaillé, la Dre Raynault a été particulièrement touchée par ses clients sans-abri. «Ordinairement, on dit aux gens “Retournez chez vous, couchez-vous et prenez beaucoup de liquides.” Mais qu’est-ce qu’on dit à un sans-abri diabétique qui a une fiole qu’il doit s’injecter? Où va-t-il garder son insuline? Où est le frigo pour garder ses antibiotiques? Ça pose des défis incroyables.»

Yes we can

«Il ne faut pas s’imaginer non plus que le système de santé peut remédier à tous les problèmes engendrés par les environnements défavorables, souligne la Dre Raynault. On fait notre possible comme médecin, comme infirmière, comme travailleur social, comme orthophoniste, mais il faut aussi se positionner comme citoyen et dire ce qu’on voit autour de nous et que ces gens-là ont besoin de plus d’aide que ce qui est apporté.»

Et à ceux qui soutiennent que le Québec offre tout de même beaucoup plus à ses citoyens démunis que nombre de pays industrialisés, Marie-France Raynault répond ceci : «Moi, je pense que quand on veut s’améliorer, on a avantage à se comparer au meilleur pas au pire.» Citant en exemple les sociétés scandinaves où le taux de pauvreté est très bas, elle souligne que ces États mettent beaucoup de mesures en place pour soutenir la classe moyenne, et ainsi éviter que les conditions de vie de ceux-ci se détériorent et les plonge dans la pauvreté. Quand une entreprise se prépare à fermer, par exemple, ses dirigeants doivent aviser le gouvernement six mois avant la fermeture afin que l’État puisse offrir des formations pour aider les travailleurs à retrouver un nouvel emploi. «Vous me direz que tout ça a un prix, poursuit-elle, que les gens paient des taxes…»

«Oui, mais ils reçoivent beaucoup de services. On a fait beaucoup de progrès ces dernières années, conclut Marie-France Raynault, alors on peut continuer. Moi, je suis optimiste, mais je suis surtout possibiliste. C’est possible, alors on peut le faire.»